Fin novembre 2011, les équipes françaises viennent de disputer les coupes d’Europe avec pour chacune, des fortunes diverses. Si la victoire de Caen en ConfCup a fait du buzz, au même titre que les excellents résultats français dans l’ensemble, une chose a failli passer inaperçue.
Au détour d’un « Trois questions à… » accordé à Sébastien Fumaz, l’un des plus grands joueurs français que notre sport ait connu annonçait sa prochaine fin de carrière au plus haut niveau. Ce joueur, trente-cinq fois international, vice-champion du monde, quatre fois champion de France et deux fois d’Europe, c’est Monsieur Paul Fayault, l’avant des Diables de Rethel. C’est un départ des Ardennes et pas encore une annonce de retraite sportive définitive, mais c’est à nos yeux suffisant pour s’y attarder un instant…
Ils ne sont pas très nombreux ces joueurs issus au rang des intouchables. Ceux qui, sans aucune ombre au tableau, imposent un respect total lié à leur talent, leur palmarès, la longévité de leur carrière et leur respect de l’autre. Cette liste, il ne nous appartient pas de la dresser car elle sera propre à chacun en fonction de critères de jugements variables. Mais si nous devions demander à un panel de joueurs, d’entraîneurs, de présidents et d’observateurs d’en dresser une, nul doute que bien peu oublieraient d’y glisser Paul Fayault.
L’annonce de son départ de Rethel, et donc de la grande Ligue, était attendue depuis déjà plusieurs saisons. Lorsque son ami Orlando Cudicio la saison dernière avait annoncé le sien, on s’était dit que Paulo allait suivre lui aussi vers la sortie. Mais il a voulu rester encore un peu. Sans doute la finale perdue à Anglet l’an dernier a laissé dans la bouche de ce compétiteur d’exception un gout prononcé de revanche. « Je n’avais pas envie de partir à la Zidane sur un sale truc, glisse-t-il avec ironie. Cette finale, on n’aurait jamais dû la perdre et pour moi c’était hors de question d’arrêter l’aventure à Rethel là-dessus. C’est comme avec l’équipe nationale. En 2007 à Bilbao, j’avais dis que j’arrêterai. Mais je n’ai pas beaucoup joué, alors j’ai voulu refaire un Mondial. On a fini vice-champions du monde à Düsseldorf et j’ai pu partir la tête haute. »
Voilà Paul Fayault, le compétiteur par excellence. On a encore en tête une image forte, qui résume tout. La saison dernière, Rethel affronte Anglet en finale de la coupe de France à Grenoble devant les caméras d’Orange Sport. Le score est de 2-2 en deuxième période, Rethel est à l’attaque. Cudicio donne derrière la cage pour Fayault qui veut jouer le défenseur de pointe. Mais la passe est mauvaise et coupée par Brian Ten Braak qui part à la cage, dépose Julien Thomas et mystifie Martin Bradette, 3-2 pour Anglet. Fayault sait que ce but est en partie pour lui. Dans les minutes qui vont suivre, Paulo va marquer deux fois, comme pour se racheter, et offrir la coupe de France à son équipe.
Greg Gallo : "Il nous a tiré des larmes"
En novembre dernier, Rethel vient de disputer le tournoi final de la coupe d’Europe des clubs champions et a terminé troisième. Paul Fayault va aux interviews et répond aux questions de Sébastien Fumaz. L’affaire n’est pas prévue et personne ne s’attend à cette annonce, surtout à ce moment là. « J’ai 39 ans, et cela devient difficile pour moi, confessait-il alors non sans émotion. Les gens vont penser que j’annonce ma retraite comme à chaque fin de saison mais cette fois c’est la bonne. Pour ma femme et mes enfants ce sont beaucoup de sacrifices et il est temps pour moi de prendre ma retraite à la fin de cette saison. » Pourquoi avoir choisi ce moment pour une telle annonce ? « Je ne peux pas dire que c’était calculé. Mais on était dans l’émotion de l’évènement. Je savais que je venais de jouer mon dernier match de coupe d’Europe, je me suis dis que c’était le bon moment d’annoncer que j’arrêterai en fin de saison. De toute façon, je ne me voyais pas officialiser ça en mars. Je voulais que le club de Rethel puisse voir venir et éventuellement chercher du monde pour l’année prochaine. » Encore et toujours du respect. Lui qui, de sa petite taille, s’amuse à chaque fois qu’on on le présente comme un grand joueur. A chaque coup de fil le « comment ça va mon grand ? » se voit répondre invariablement un truc du genre « elle est pas mal ta vanne ».
Ce jour-là, Greg Gallo, le webmaster et co-fondateur de RHAF est aux côtés de Seb Fumaz qui réalise l’entretien. Il écoute Paulo faire son annonce et garde aujourd’hui encore un souvenir puissant cet instant. « Il nous a pris un peu de cours avec cette annonce! Il avait les yeux embués et honnêtement, j'ai senti mon cœur se serrer ! Ce salopard nous a franchement tiré des larmes… C'est toujours insupportable de vivre ces situations. J'ai eu l'impression que le temps s'était arrêté, et malgré le bordel ambiant, le bruit de la salle, mine de rien on était plus que tous les trois, sur le banc, comme des cons ! Un seul truc m'est venu, c'était de lui dire comme j'appréciais son jeu, et comme je prenais du plaisir à le voir jouer. »
Paulo va encore rouler sur les pistes de l’Elite pour quelques mois, avec l’obsession de partir avec un cinquième titre de champion de France. Objectif pour le moins réaliste aux vues de la saison des Diables de Rethel. Il ne s’agira pas ensuite d’une fin de carrière. Comme l’a fait son pote Cudicio en allant jouer avec Franqueville en N3, Paulo envisage de jouer chez lui, à Tours. « Je ferai sans doute une saison avec les Apaches, mais ce n’est pas encore certain. J’estime avoir une dette envers le club de Tours qui m’accueille à l’entrainement depuis des années. Je veux rendre ce qu’on m’a donné, c’est normal. »
A 39 ans, Paulo va donc quitter la grande scène. Son empreinte sera indélébile et sa place au Temple de la renommée du roller hockey français est déjà réservée. Le temps de remporter un dernier championnat de France, et l’ami Paulo s’en ira, laissant dans le vestiaire de Rethel un vide immense et dans le cœur de ses coéquipiers et de ses supporters, une émotion toute naturelle.
Ce qu’ils en pensent
Maxime Colas (arrière de Rethel)
« On se doutait tous un peu qu’il allait annoncer son départ. Paulo est au club depuis de longues années (depuis 2005, ndlr), il est loin de chez lui tous les week-ends et on comprend qu’il veuille être auprès de sa famille. Voir partir un joueur comme lui, c’est toujours ennuyeux quand on sait son importance sur le terrain et dans le vestiaire. C’est un grand homme qui a le cœur sur la main. C’est un modèle pour tout le monde. Un joueur combatif qui joue pour l’amour du maillot, pas comme un mercenaire, à l’inverse de Julien Thomas (rires). Paulo pourrait être mon père, mais on se rend très vite compte que c’est une jeune dans sa tête. J’ai des annecdotes sur lui qui me font rire à chaque fois que j’y pense. Je ne sais pas si on se verra beaucoup après son départ, mais j’espère pouvoir le croiser de temps en temps sur des matchs ou des tournois. Et puis qui sait, son annonce est peut-être un coup de bluff, comme celui de la fermeture de Roller Hockey Artzak Fun (rires). »
Florian Fayault (avant de Rethel et cousin de Paul)
« Nous étions au courant de son arrêt. Ma réaction c’est qu’il va beaucoup nous manquer car malgré son âge, le grand-père est toujours l’un des meilleurs joueurs du championnat. Son style de jeu et sa vitesse marchent toujours. Il a également une grosse mentalité sur et en dehors du terrain, il est très respecté pour ça. Il a pris une part importante dans ma venue à Rethel l’été dernier. Je sortais d’un titre de champion de France Junior Elite avec Reims et une place de vice-champion en N1. Il y avait une grosse ambiance à Reims où je jouais avec certains depuis que j’avais quatre ans. Mais quand Rethel m’a contacté je n’ai pas hésité car je savais aussi que je jouerai avec Paulo en plus de jouer avec de très grands joueurs. Maintenant, sa décision est prise et je la respecte même si j’aurais voulu qu’il reste encore pour que j apprenne de lui mais bon toutes les bonnes choses ont une fin. On doit gagner le titre pour lui, même si c’est lui qu’il va le gagner pour nous (rires). »
Yann Maillet (Crédit photos : La Taverne photographique / Black Ghost. Tous droits réservés)














