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17 juillet 2010 : Geoffroy Tijou s’en va

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retro_200La retraite internationale de Geoffroy Tijou est un sujet qui a été commenté, débattu, ressassé déjà de nombreuses fois. Nous avons souhaité dans cette « Rétro 2010 » lui donner une envergure différente en laissant la parole à celui qui nous a paru le plus légitime dans cet exercice. Vincent Charbonneau, l’ami d’enfance de l’ancien capitaine des Bleus revient sur cette page de l’histoire de notre sport qui a vu "LE CAPITAINE" partir après cent vingt-trois sélections.

 

« Je ne peux pas dire que j’ai été surpris par l’annonce ou même que cela me crève le cœur de me retrouver « seul » à aller au stage France. Cela faisait un an que je m’attendais à cette décision car petit à petit, Geoff a montré des signes, disons, prémonitoires. Et puis, moi aussi un jour j’arrêterai de jouer. Et puis vous aussi, un jour, vous arrêterez d’écrire. D’ailleurs si ça pouvait être bientôt… hihihi, je plaisante bien sûr.

J’ai trop de respect envers lui pour interférer dans sa décision. Quand il m’a exposé les faits et qu’il m’a demandé mon avis, je lui ai répondu que le sien serait le bon. Si son choix premier était d’arrêter, alors il avait raison et devait trancher dans ce sens. Ce qui l’a fait hésiter, c’est bien sûr la façon dont cela s’est terminé mais aussi par les témoignages des joueurs souhaitant le voir encore et toujours en bleu. Je lui ai dit que c’était une sorte d’égoïsme, que ceux qui veulent voir le #27 faire ses longues et si élégantes chevauchées sur un terrain sont égoïstes  mais qu’en définitive ils occultent tout le travail en amont nécessaire à cette réussite. La récompense ce sont bien les matchs du Mondial, mais avant cela, combien y a-t-il d’heures d’entraînements en club, en salle, en stage et éloignés de sa famille ? On souhaite tous voir jouer Zidane jusqu’à 50 ans mais lui le souhaite-t-il ?

Quand on s’appelle Geoffroy Tijou tout est réglé comme du papier à musique. Rien n’est laissé au hasard, il se donne tous les moyens pour réussir dans la vie comme dans son sport. Son implication sur le terrain, sa motivation personnelle et vis-à-vis du groupe France a toujours été au top et avec l’exigence digne du maillot bleu-blanc-rouge… Et plus particulièrement pour cette année-là, la dernière. Témoin la préparation physique à Angers, où on y a mit les bouchées doubles.

Je voyais la scène se dérouler et sentais la fin d’une longue et belle carrière en équipe de France toute proche.

C’est la raison pour laquelle j’ai décidé qu’il fallait marqué le coup. J’ai alors convié Hugo Rebuffet et Renaud Crignier, membres du comité Merchandising EDF avec moi-même et leur ai fait part du très probable retrait de Geoff après le Mondial. J’ai fait donc faire un t-shirt spécial “Un jour, j’ai joué avec Geoffroy Tijou” bien avant qu’il l’annonce. J’avais donc un drôle de sentiment, partagé entre réaliser la fin d’un règne et l’envie de ne pas rester avec une trentaine de t-shirts sous les bras. Nous avions gardé le secret, la surprise tous les trois jusqu’au dernier jour.

Le costume de capitaine de l’Equipe de France était taillé pour lui. J’ai toujours senti que l’équipe était marquée de son empreinte. Ce n’est pas possible pour lui d’accepter tout et n’importe quoi. Si quelque chose ne lui plaisait pas, il en faisait part au staff, aux joueurs. Sa notoriété, son passé en équipe nationale faisait qu’il était écouté, ça aide. Alors il ne s’en privait pas, toujours pour le bien du groupe, dans le but de devenir un jour champion du Monde.

Finir là-dessus, quoi de plus beau ?

Arrive ce match pour la troisième place face à la République tchèque. Lorsque l’action se passe je suis sur le banc, eh oui ça fait belle lurette que nous ne formons plus la même paire défensive, à mon grand regret d’ailleurs. Je n’ai rien vu du geste si ce n’est que Geoff s’inquiète directement de l’état de santé de son adversaire. L’arbitre le colle en prison et là tout s’enchaîne à vitesse grand V. Je décide d’aller sur le terrain prendre des informations auprès de l’arbitre en tant qu’assistant. J’apprends la décision de l’homme zébré. Je commence à réaliser ce qui arrive mais reste tout de même concentré. On est en plein match de championnat du monde, on lutte pour une médaille. A ce moment là, ça fait parti des évènements extérieurs. Probablement que chez les plus jeunes joueurs, cela a eu un impact différent. Ce n’est que quelques minutes plus tard, lorsque tu reviens sur le banc après un chiffre, que les lignes sont réaménagées et que Geoff reste dans le vestiaire que tu comprends l’ampleur des dégâts. Nous avions donc une mission supplémentaire ! Je crois bien que je l’ai dit sur le banc, qu’on devait en faire encore plus pour lui. Qu’on devait profiter de cette haine et injustice pour lui rapporter cette médaille. La suite du match tout le monde la connaît…

Je suis sur le terrain lorsque la sirène de fin retentit. J’ai le sentiment d’avoir tout donné pour moi, pour l’EDF, pour lui. Je suis abattu comme tout le monde mais pas autant que lui. Je vois tout le monde investir la piste pour le traditionnel serrage de mains mais lui reste scotché au banc. Instinctivement, je fais le chemin inverse et vais le voir. On se prend dans les bras ce qui le fait sauter en sanglot. Je ne fais que m’excuser d’avoir failli dans l’espoir de lui rapporter le bronze et le remercie tout simplement. Rien de plus car de toute façon, entre potes, les sentiments se transmettent sans dire mot.

Je suis curieux d’être au prochain Mondial, c’est là que l’on verra le vide laissé ! »

 

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Par Vincent Charbonneau pour RHAF (Crédit photo : FFRS)
 

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