Entretien avec Jimi Lefranc
« Ma priorité, c’était de rester à Rethel »
Il y a eu plusieurs joueurs d’exception dans la jeune histoire du roller hockey français. Sans aucun doute, celui qui se confie ici compte parmi ceux-là. Il est même possible que les statistiques qu’il a su établir ne soient pas battues avant de longues années, peut-être jamais. Ce garçon, c’est Jimi Lefranc. Sept fois champion de France, d’affilée. Neuf fois partisan de l’étendard des Bleus au Mondial, toujours d’affilée. Meilleur réalisateur du championnat de France pendant huit saisons, encore d’affilée. Champion d’Europe, vice-champion du monde, médaillé d’argent aux World Games. Un palmarès d’exception qui dépasse le cadre de son sport !
Joueur de Rethel depuis toujours, au côté de son frère Terry, il a finalement quitté l’équipe des Ardennes pour celle d’Amiens l’été dernier. La fratrie est ici essentielle car, inconsciemment la plupart du temps, lorsque Jimi Lefranc dit « je », il faut comprendre « nous ». Entre amertume et volonté de tourner la page, Jimi revient ici en détails sur son départ de Rethel. Un départ qu’il regrette même s’il avoue avoir trouver en Amiens, un club qui lui correspond.
Un an après une médaille d’argent en Allemagne, l’équipe de France a terminé à la cinquième place des derniers championnats du monde. Que s’est-il passé ?
« On sait très bien que le Mondial a basculé dès le premier match. En faisant match nul contre l’Allemagne (6-6), on s’est rendu la tache très difficile. Ce match, j’y ai beaucoup repensé. Je pense qu’un an après notre médaille d’argent, on a pris les Allemands de haut, on ne les a pas respecté. C’était inconscient évidemment, il n’y avait rien de prémédité. D’autant que nous les avions battus deux fois en amical avant les championnats du monde. Le format des Mondiaux rend les quarts de finale déterminants. On sait que si on ne se classe pas premier, on risque d’affronter le leader de l’autre groupe. Et c’était les USA… Le match nul contre l’Allemagne nous a plombé, ça nous a ramené sur Terre, mais disons que le mal était fait. »
Finalement, cette déception en Italie n’a-t-elle pas été la source de motivation dont vous aviez besoin aux World Games ?
« Si, c’est possible. Le Mondial nous a bien calmé, c’est sûr. On avait vu là-bas que la clé c’est de bien débuter. Après, c’est la magie de l’évènement qui a dynamisé notre groupe. »
« Les World Games, inoubliable ! »
Au-delà de cette médaille d’argent, les World Games laisseront quelle image dans votre tête ?
« On en a beaucoup parlé entre nous, et mon frère et moi de notre côté… On a tous été d’accord pour dire que c’est l’évènement sportif le plus exceptionnel auquel on ait jamais participé. On a connu les Mondiaux, des joueurs ont joué le championnat Narch, mais ça, c’est surnaturel. C’est des Jeux Olympiques, en plus petit, mais dans l’idée c’est ça… Dès notre arrivée, on a eu l’impression d’être des rock-stars. Les gens ne nous connaissaient pas mais en voyant nos tenues « France », ils venaient à nous, nous demandaient des autographes, des photos… On a tous dit qu’après ça il y aurait naturellement ceux qui étaient aux WG et les autres. Ce n’est pas prétentieux du tout, c’est juste que c’était tout simplement énorme humainement. La remise des médailles sur le podium avec le drapeau devant nous, la cérémonie de clôture avec 50.000 personnes dans le stade. On n’oubliera jamais ça, c’est sûr. »

C’est cette cohésion retrouvée qui vous a conduit en finale ?
« Oui, probablement. On est revenus frustré du Mondial et on voulait faire quelque chose de bien pour ne rien avoir à regretter. Le contexte des WG nous a complètement ressoudé et on savait que pour arriver à nos fins, il fallait taper ou les Suisses ou les Tchèques, finalement, on les a tapés tous les deux. Après, la finale contre les Etats-Unis, c’est toujours la même histoire, malheureusement… J’ai participé à neuf Mondiaux, mais les neuf réunis ne vaudront jamais les seuls WG de l’été dernier. »
Quel sentiment a-t-on lorsque comme vous on a joué les World Games, neuf championnats du monde, gagné sept fois le championnat de France mais que médiatiquement, il ne se passe rien ?
« ça c’est la grande question du sport qu’on pratique… C’est frustrant, c’est vrai. Moi je ne le prends pas comme une frustration personnelle. Ça ne m’intéresse pas d’être connu, mais c’est pour le sport en lui-même que ça me dérange. Si on parlait plus du roller hockey ailleurs que dans la presse spécialisée, ça aiderait tout le monde. Mais bon, ça, c’est une réalité qui ne changera pas de si tôt. On le dit tout le temps, mais en France à part le foot… Et puis il faut avouer aussi qu’on ne vit pas dans un grand pays de sport. »
« Le dernier titre de champion, je ne l’ai pas savouré »
Venons-en au championnat… Pourquoi avez-vous quitté Rethel ?
« Aujourd’hui encore, ce n’est pas évident d’en parler pour moi. Disons que… je voulais rester à Rethel, c’était ma priorité et celle de mon frère également. Mais ça ne s’est pas déroulé comme on le voulait. »
Beaucoup de gens ont dit que vous étiez parti à cause d’un désaccord financier…
« Oui, en partie, mais il faut expliquer la vérité. Ce n’est pas l’appât du gain qui était en jeu. Ce n’est un secret pour personne, depuis plusieurs années, certains des joueurs de Rethel gagnent de l’argent. C’était mon cas. Voilà. Mais il y a deux ans, j’ai appris que des joueurs arrivaient à gagner beaucoup plus que moi. Le gens qui me connaissent le savent, je n’aime pas être mis en avant. Mais j’ai fait partie de l’aventure des sept titres de champion de France de Rethel et j’ai terminé huit fois d’affilées meilleur compteur de la Ligue… Je le redis, ce n’est pas l’argent pour l’argent, mais c’est pour le principe, pour l’équité. Moi je m’en fous qu’un joueur gagne plus que moi, mais deux fois plus, je n’ai pas trouvé ça juste. »
Pourquoi alors ne pas avoir quitté Rethel la saison précédente dans ces conditions ?
« Quand j’en ai parlé, on m’a répondu que si je n’étais pas content, j’étais libre de partir… Franchement, je ne m’attendais pas à une réaction comme celle-là. Mais moi j’étais bien à Rethel, je n’avais pas envie de jouer ailleurs. Alors j’ai fermé ma gueule (sic) et je suis resté. Sauf que cette saison, ça a recommencé. On a une nouvelle fois constaté certaines injustices et on a voulu remettre le sujet sur la table. On nous a encore dit qu’on pouvait partir… Cette fois, on est parti. »
Pensez-vous que les dirigeants de Rethel ont joué une part de bluff en estimant que vous ne quitteriez pas Rethel de toute façon ?
« Oui, c’est même certain. Je travaille dans la région, j’ai fait un crédit pour mon appartement ici… Alors oui, on a dû penser que je ne partirais pas. Mais cet aspect financier, ce n’est pas tout. J’ai gagné sept fois le championnat. Le septième titre, on a dû le fêter dix minutes, et puis voilà… Ce dernier titre, je ne l’ai pas savouré. Il y a eu une certaine lassitude. A l’entraînement aussi. Mais ça je n’en veux pas à Thiébaud Koch, il n’est pas responsable. Ce n’est pas facile de planifier les séances quand on ne sait jamais combien de joueurs seront présents. »
« Si mon but c’était l’argent, je serai resté à Rethel »
Comment s’est déroulée la séparation ?
« Moins bien qu’on l’aurait souhaité. Quand j’ai annoncé la décision, la seule réponse qu’on m’a faite, c’est que je ne devais pas oublier de rendre le matériel… Après il y a eu d’autres choses, mais je n’ai pas envie d’en parler. Ce qui est sûr c’est qu’on ne voulait pas partir, mais on n’a pas voulu nous garder… »
Auriez-vous pu partir sans votre frère ?
« Non ! Et lui non plus. C’est notre façon d’aborder le sport. On est un peu comme Edouard et Julien Clisson, on joue pour jouer ensemble, on n’envisage pas ça autrement. »
Pourquoi avoir choisi Amiens ?
« Nous avions deux possibilités. Villeneuve et Amiens. On a discuté avec Orlando Cudicio pour Rouen, mais ça n’a pas été plus loin que ça. A Villeneuve, il y a Hugo Rebuffet dans les buts, donc ce n’était pas possible. Amiens est un club dont les valeurs sont saines, géographiquement c’est un choix évident et sportivement c’est un challenge. »
Avez-vous un accord financier avec le club d’Amiens ?
« Oui. Mais il est deux fois moindre que ce qui était en place à Rethel. Quelque part, c’est une preuve que quand je dis que le débat à Rethel, ce n’était pas l’argent pour l’argent, et bien c’est la stricte vérité. Si je jouais pour l’argent et juste pour ça, je serais resté à Rethel et j’aurais continué de gagner le double. »
Quelles sont les possibilités d’Amiens cette saison?
« Beaucoup nous voient comme un favori, notamment après que nous soyons allés battre Anglet, mais on ne voit pas les choses comme ça. Même dans l’intimité du vestiaire, notre objectif, c’est le podium. Pour moi cette année, le favori, c’est Anglet. Il n’y a pas d’arrière pensée là-dessous. Juste que cette équipe termine deuxième depuis quelques années et je pense que le groupe arrive à maturité aujourd’hui. »
Les retrouvailles contre votre ancienne équipe lors de la deuxième journée de la Ligue Elite ont dû être un moment particulier pour vous…
« Mon frère et moi nous en parlions depuis plusieurs semaines. En fait ce sont les deux matchs qu’on a cherchés tout de suite sur le calendrier. D’ailleurs, il nous arrive encore de nous tromper et de chercher Rethel quand on le regarde. On espérait beaucoup de cette rencontre. Pour l’équipe bien sûr car elle est capable de faire quelque chose cette saison. Mais, c’est vrai, pour nous principalement, à titre personnel, c’était vraiment particulier. Avec Rethel, on a tout fait, tout connu. On a mal dormi après la défaite mais bon, c’est comme ça, c’est le sport. Ce n’est pas de la rancœur mal placée, car tout ce qu’on a vécu avec Rethel, on ne l’aurait peut-être jamais réalisé… ça s’est ma passé à la fin, mais je n’oublie pas tous les grands moments. »
Credit photo CNRILH et Black Ghost















Commentaires
Respect
On en redemande et pour une fois un grand joueur qui se prête au jeu sans langue de bois. Bravo!!!
Chapeau
belle franchise, chapeau bas mr lefranc
Amiens : Très bon choix !
A +
ok je sors..
par contre si t'as une idee constructive pour justement que l'ensemble des joueurs elite soient reellement pros et donc reellement payés hesite pas a la partager.
Sinon quand un joueur dit qu'il a un accord financier avec Amiens, c'est qu'il n'est pas réellement payé. C'est ça cher BLC?
Par contre à Rethel, les joueurs payés sont taxés de pro ou semi-pro. Mais ce n'est certainement pas la même chose. En d'autres termes : Jimi était semi-pro à Rethel mais comme il touche désormais moins il ne l'est plus à Amiens.
Cher Sphinx,(brice de nice?
As tu lu dans mes propos quelque chose qui laisse penser cela?
Je vais reformuler puisque, apperement, dans les Ardennes on a du mal à comprendre le langage du sud...
Quelle importance de savoir si tel club ou tel autre paye ses joueurs? Dans bcp de sports amateurs, les joueurs touchent un petit billet chaque mois...par chez nous dans le sud ouest c'est une pratique courante dans le rugby même dans les petites divisions(serie ).
Si on trouvait le(s) moyen(s)pour que nos joueurs Elite soient tous payés ca serait plutôt un très bon signe pour notre sport.....
Mode traduction off
Pour les idées constructives, je t'invite à parcourir le forum, je crois qu'il doit y en avoir une ou 2 qui trainent....
C'est marrant comme les raccourcis se font rapidement... peu importe.
Mes propos laissent-ils penser que j'imagine que tous les joueurs Elite sont payés ?
Le temps n'est pas si loin où seul rethel était considéré comme une équipe professionnelle car rémunérant ses joueurs. Apparemment ce n'est plus le cas aujourd'hui et tant mieux.....enfin peut être car seul l'avenir financier des clubs nous le dira.
Mais faudrait donc penser à arrêter certaines hypocrisies