Si tout le monde s’accorde à prédire un duel à distance de gardiens, la dernière journée sera également l’affaire des entraîneurs. Que ce soit Manuel Cuesta pour Amiens ou Olivier Dimet pour Anglet, chacun sait qu’il possède les cartes en mains pour distribuer les atouts à son équipe.
Cuesta : « Notre saison est déjà réussie ! »
Manuel, vous êtes à quelques jours du possible premier titre de votre équipe, quel sentiment domine ?« Beaucoup de fierté pour mes joueurs. Ce titre, il y a trois mois à peine, je n’y pensais même pas. Mais notre saison et celle des autres équipes fait que, finalement, c’est devenu possible. »
On a véritablement le sentiment que cette saison est comme une sorte de renouveau pour la Ligue Elite, c’est également votre avis ?
« Oui, ne serait-ce que parce que presque tout va se décider sur cette ultime journée. En principe, à ce moment-là, depuis trois ans, le titre est joué et on attend de savoir qui va jouer l’Europe et qui va être relégué. Le niveau est vraiment en hausse, il n’y a plus seulement Rethel et les autres. Une équipe comme Caen a confirmé ce qu’on attendait d’elle, Rouen, malgré un effectif a priori moins robuste a réalisé une grande saison. Même en bas de tableau, je suis certain que Lille ou Montpellier aurait pu connaître un sort différent du leur. »
Ce titre pour lequel Amiens et Anglet sont désormais les deux seuls candidats possibles, à partir de quand est-il devenu jouable pour votre équipe ?
« Quand on bat Rethel, à la 11e journée (victoire 4-2, ndlr) et lorsque Villeneuve gagne contre Anglet à la 9e (victoire 5-4, ndlr). Ça a complètement redistribué les cartes. Les rebondissements de l’effectif de Rethel ont aussi eu un rôle qu’il ne faut pas sous estimer. Les départs de Julien Thomas et de Stéphane Lacuisse ont une incidence sur le parcours de Rethel ensuite, j’en suis convaincu. Mais Rethel a su montrer que c’est toujours une grande équipe. »
Quelles sont les différences entre ses trois équipes justement que sont Amiens, Anglet et Rethel ?
« Rethel c’est pour moi une équipe professionnelle. Je veux dire par là que le club fonctionne comme s’il l’était. Il n’y a pas le tâtonnement ou la folie de l’amateurisme, tout est calé, posé, calculé. En terme de jeu, Rethel s’appuie sur un système précis, qui ne varie pas beaucoup mais qui s’est toujours montré efficace. Anglet, c’est pour moi un groupe équipe à part entière. La force collective paraît plus développée. Les joueurs ont un engagement moral entre eux et envers le club. Sportivement, c’est le type même de l’équipe qui joue sur ses capacités tactico-techniques. Les joueurs sont capables de s’adapter tactiquement au système requis et ça, c’est très dur à faire. Le rôle d’Olivier Dimet prend ici tout son sens. Grâce également au travail qu’il effectue en équipe de France au côté de Bernard Seguy, Olivier est en permanence au contact du très haut niveau, il est logique que cela lui serve dans son travail auprès de ses joueurs. Amiens enfin est un club historique de notre sport qui a toujours été présent. Un club sain et une équipe première dont les joueurs se connaissent très bien et depuis des années. J’y suis arrivé en janvier 2009, dans un contexte difficile après une première phase rude. J’ai souhaité instaurer une compétition saine dans le groupe, sans nuire à l’équipe de copains qui était en place. Il est indéniable que l’arrivée de Terry Lefranc dans nos buts et de son frère Jimi en attaque ont été des atouts exceptionnels. »
« Villeneuve peut gagner à Anglet ! »
Vous avez toujours déclaré que si Olivier Dimet avait été uniquement entraîneur d’Anglet, son équipe serait championne de France depuis déjà plusieurs saisons… Vous maintenez ces propos ?
« Oui, complètement. Olivier est naturellement utile sur un terrain, mais je pense qu’il servirait encore plus son équipe comme entraîneur uniquement. Il y a des matchs qui se gagnent ou se perdent derrière le banc. Une personne qui n’a que ça à faire peut gérer plus facilement les temps forts, les temps faibles, les temps de repos en discutant par exemple avec l’arbitre à un moment donné sans avoir à prendre un temps mort. Avec Olivier derrière le banc, Anglet serait encore plus difficile à battre. »
Anglet va-t-il battre Villeneuve ?
« Je ne poserai pas la question de cette façon. Moi je demanderai plutôt « Villeneuve peut-il battre Anglet ? », et là, la réponse est oui sans hésiter. J’ai la conviction que Hugo Rebuffet va sortir un gros match pour notamment rappeler à tout le monde qu’il n’est pas en équipe de France par hasard. Si à cela on ajoute la possibilité de voir les Clisson et Yann Dupont sortir un grand match eux aussi, j’estime qu’Anglet sera en danger ! Villeneuve a un ascendant psychologique sur eux et j’ai le sentiment depuis quelque temps qu’Anglet a peur d’être champion. »
Cette dernière journée n’est-elle pas avant tout celle des gardiens de but ?
« C’est évident. Que ce soit Terry Lefranc, Hugo Rebuffet, Romuald Huot-Marchand, ce sont eux qui auront les clés, c’est sûr. Une défaillance ou au contraire un état de grâce de l’un d’eux aura une incidence directe sur le résultat final. »
De votre côté, vous êtes également dans l’obligation de gagner à Grenoble. Votre équipe est-elle prête à ça ?
« Naturellement oui. Ce match ça sera un peu la guerre des nerfs mais nous avons l’habitude de jouer devant du public, donc cette donnée aura un impact moindre. Il faudra être excellent d’entrée car Grenoble a encore quelque chose à attendre de cette saison et peut toujours être européen. »
Votre défaite à Lille est-elle toujours présente dans votre esprit ?
« Oui, mais j’en ai fait le deuil. Il y a souvent un match « sans » dans une saison, pour nous ça a été celui là. On n’a pas respecté l’adversaire, certains joueurs sont sortis la veille… Mais même si ça devait nous coûter le titre, notre saison est déjà réussie, alors que celle d’Anglet, pas encore. »
Dimet : « La pression n’est pas que sur nous ! »
Olivier, vous êtes vous également à un pas de votre premier titre de champion de France, quel sentiment domine ?« De la fierté quoi qu’il advienne car on s’attendait à vivre un championnat serré et il l’a bien été. J’étais certain qu’Amiens serait un candidat sérieux et manifestement je ne me suis pas trompé… »
On a véritablement le sentiment que cette saison est comme une sorte de renouveau pour la Ligue Elite, c’est également votre avis ?
« Non, ce n’est pas un renouveau, c’est une hausse global et un nivellement du niveau. La saison aurait pu basculer à plusieurs reprises mais les évènements ont fait que nous en sommes aujourd’hui à jouer la décision à la dernière journée. C’est un atout sérieux pour notre sport. »
Une saison qui pour vous a mal démarré et au cours de laquelle vous avez connu des rebondissements en mal comme en bien…
« En prenant un claque d’entrée chez nous contre Amiens (défaite 5-1, ndlr), on s’est fait joliment remettre en place. On s’est vu beaucoup trop beau et au moins on a été fixé. On se fait également avoir à Villeneuve en perdant 5-4 lors de la 9e journée, un vrai non match à mon sens. Et pour conclure sur les mauvais souvenirs, on fait un nul 1-1 à Angers lors de la 15e journée qui nous coûtera peut être très cher dans quelques jours… Mais on ne va pas se plaindre. Il y a eu aussi des moments forts comme nos succès à Grenoble (victoire 9-4 lors de la 6e journée, ndlr) puis à Amiens (victoire 6-2 lors de la 10e journée). Ces deux matchs là, aujourd’hui on mesure leur importance. »
Beaucoup pensent que le point faible d’Anglet est son mental et que votre équipe a peur de gagner…
« Dès l’entame de la saison, Anglet a été désigné comme le favori, et c’est un statut que les joueurs ont du apprendre à assumer. Cela faisait sept ans voire plus que c’était Rethel qui avait ce rôle. Alors je ne dirais pas que mes joueurs ont peur de gagner, je dirais qu’ils ont peur de mal faire. C’est ça qui explique que bien qu’on ait la meilleure attaque de la Ligue (111 buts marqués, ndlr) on a parfois du mal à faire la décision. Pour prendre l’exemple de notre dernier match chez les Diables, ce 2-0 en notre faveur n’est pas simple à gérer d’autant que nous sommes tombés contre une solide équipe de Rethel, nous n’étions pas assez libérés. Mais quand certains pensent que nous avons peur de perdre, ils doivent aussi savoir que nous n’avions jamais pris de points sur le terrain de Rethel. »
« Ne pas gagner le titre serait un échec monumental »
Philippe Guers mis à part, tous nos interlocuteurs ont mis la pression sur Anglet lors de cette dernière journée, qu’en pensez-vous ?
« J’en pense que toutes les équipes qui ont encore quelque chose à jouer avant cette dernière journée ont la pression. Nous, on joue le titre, donc évidemment que nous l’avons. Mais Amiens l’a car s’ils perdent, c’est terminé. Et pour l’Europe, Caen, Grenoble ou Villeneuve l’ont également. »
Vous jouerez une heure et demie après Amiens, allez-vous chercher à connaître leur résultat ?
« Non. A titre personnel, je ne veux pas le savoir. On doit se concentrer et finir le travail. »
Quelles seraient les conséquences d’un échec dans votre quête pour le titre à domicile ?
« Comme vous le dites, ça serait un échec, mais un échec monumental. On aurait du mal à s’en relever. On ne joue pas notre vie non plus, mais ça serait dur, c’est certain. »
A l’inverse, gagner le titre chez vous serait une apothéose…
« Oui, ça serait surtout une récompense pour des joueurs qui ont énormément travaillé. Gagner chez nous, ça serait magique, il n’y aurait rien de plus beau et la fête serait formidable. J’aimerais vraiment que le travail paie enfin. »
Manuel Cuesta, votre homologue estime que si vous étiez passez derrière le banc en vous retirant du jeu, votre équipe serait championne depuis deux ans au moins…
« Je comprends ce que veut dire Manu… Etre derrière le banc offre des options différentes, cela confère plus de lucidité. Mais j’ai eu besoin de trouver un juste milieu dans ce mode de fonctionnement. A l’avenir, nous verrons bien. »
Quelles seront les clés de votre match contre Villeneuve ?
« C’est une équipe capable de tout, en bien et en mal. Les gardiens auront évidemment un rôle majeur. Nous devrons être patients, intelligents dans le contrôle du jeu. Mais nous devrons faire preuve d’efficacité… »














