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Entretien avec Julien Thomas

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Julien Thomas :
« Je ne suis pas un mercenaire ! »

 

La première interview de RHAF envers un joueur de premier plan avait mis en avant un buteur, un chasseur de records. Jimi Lefranc s’était prêté volontiers au jeu des questions réponses, sans détours, sans tabou ni langue de bois.

Julien Thomas, sans doute le joueur le plus emblématique de sa génération se livre au même exercice dans des conditions similaires. Pilier majeur de l’équipe de France depuis plus de dix ans, premier français à avoir évolué dans le championnat NarCh Pro, le défenseur des Diables de Rethel revient pour nous sur un sport qui au début, n’en était pas un…

 

Comme la très grande majorité des joueurs de la première génération, vous êtes venus du hockey sur glace. Comment, et pourquoi ?
« J’ai effectivement commencé le hockey à trois ans, au club de Colombes. Je suis venu au roller en 1998, par l’intermédiaire de Guillaume Silliès, au club de Saint-Jean les Deux Jumeaux. Pourquoi, je ne le sais pas réellement, pour essayer, pour voir certainement. J’ai participé à la finale de la Coupe des Régions. On a gagné 9-3, j’ai mis six buts et donné une assistance. »

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Le roller hockey a l’époque, c’était quoi pour vous ?
« Rien de très sérieux, c’est certain. Disons que ça venait en plus, en complément du hockey et que c’était un bon moyen de passer de bons moments avec les copains sans se prendre trop la tête. A l’époque, ce n’était pas réellement un sport, enfin, pas quelque chose de concret disons. Mais il existait malgré tout quelque chose de très spécifique par rapport au hockey, c’était le freinage. Et pas seulement pour la technique du freinage, mais pour le fait qu’au roller, on est obligé de freiner. Sur la glace, à la rigueur, on peut très bien « oublier » de freiner et désosser le mec qui est dans la bande… Au roller ce n’est pas possible. »

 

« Les Américains apprennent
à être physique dès l’âge de 6 ans »

 

La différence physique entre les deux sports est-elle aussi importante qu’on veut bien le dire ?
« Pas du tout. Quand vous arrivez au championnat NarCh*, les mecs qui sont en face de vous sont des garçons qui ont une approche physique du jeu depuis qu’ils ont 6 ans. Le roller hockey tel qu’il est pratiqué depuis une dizaine d’années est un sport extrêmement physique. »

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Parlons de NarCh justement, comment êtes vous venus et avez-vous découvert cette compétition ?
« Grâce aux Frenchies créés par Yoann Jalinier et Camille Vincent. Ils avaient disputé l’édition 2004 à Cincinnati, je suis venu l’année suivante. »

Il se murmure que vous disputerez l’été prochain le championnat NarCh Pro avec le Team Reebok d’Itan Chavira. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
« Je peux dire que ça m’intéresse, évidemment, mais pour l’heure, rien n’est fait. D’autant que les Frenchies disputeront également ce tournoi, donc je peux tout aussi bien le faire avec eux. »

Vous cotôyez les joueurs des autres nations depuis une dizaine d’années, quelle vision ont-ils du roller hockey français ?
« Je vous assure qu’ils nous respectent énormément. Les joueurs du monde entier respectent le roller hockey français car il est là depuis le début et qu’en plus, il  a su montrer clairement sa valeur. Et je dirais même que les autres aiment nous voir jouer, sans prétention. On sait jouer sur un autre registre, on a nos spécificités. »

On pourrait ramener ça au « French Flair » du rugby ?
« Non, je ne pense pas. Le « French Flair » c’est une certaine indiscipline, une tactique hors des systèmes. En équipe de France on nous demande de jouer de telle façon et c’est peut-être pour ça que ça marche. Après, je ne dis pas que quand on est sur le terrain, on ne joue pas parfois au feeling, mais dans l’ensemble, que ce soit Ladonne, Crignier, Tijou, Lefranc ou moi et tous les autres on reste toujours plus ou moins dans un système bien défini, jamais stéréotypé pour autant, mais efficace. »

Le jeu français est donc à part mais l’équipe de France a-t-elle la capacité d’être un jour championne du monde ?
« Naturellement, sinon pourquoi croyez-vous qu’on se ferait chier depuis 10 ans à essayer de battre les Américains ? »

 

« Personne en France ou en Europe
ne peut proposer les conditions qu’on a à Rethel »

 

Peut-être justement parce que vous n’arrivez pas à les battre…
« C’est vrai dans un sens, mais il faut comprendre que les USA n’envoient qu’une partie de leurs talents, car chez eux, le roller c’est une anecdote. Nous, nous travaillons très dur et j’ai la conviction, quand je vois des équipes comme Anglet, Rethel, Amiens ou même Caen que nous parviendrons à les battre. »

 

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Vous faîtes partie des joueurs français rémunérés pour jouer au roller hockey. Pourquoi ne vous êtes-vous jamais exporté dans des championnats comme l’Espagne ou l’Italie où vous auriez pu gagner beaucoup plus qu’à Rethel ?
« Parce que je ne suis pas un mercenaire, justement. Des contacts, il y en a eu beaucoup. Mais je n’ai pas ressenti ailleurs la confiance que j’ai à Rethel. La stabilité dans des équipes italiennes ou espagnoles, c’est très relatif. »

D’aucuns diraient que vous restez à Rethel par facilité…
« Oui, mais qui aujourd’hui est capable en France ou en Europe de proposer de telles conditions ? Personne. »

Malgré tout, on sait que votre équipe souffre de problèmes structurels avérés, tels que des déficits d’entraînements. Comment lutter contre ça ?
« On n’a pas besoin de lutter contre ça. Rethel a du mal à s’entraîner, mais on gagne le championnat depuis des années… Il y a des équipes que ça doit laisser perplexe… On fait la différence sur du talent, peut-être, mais aussi sur une excellente ambiance. Je ne m’éclate jamais plus que quand on fait des trois contre trois à l’entraînement. On revient aux sources quelque part. »

Paradoxalement, les résultats de Rethel sont hors normes…
« Oui c’est vrai. Et quand je vais à l’entraînement, même si au final je vais me régaler à faire un trois contre trois, ça m’emmerde. Mais c’est aussi ça la force du club de Rethel. Je comprends que ça puisse agacer, mais c’est un fait, les résultats sont là. Moi je pense qu’on oublie trop souvent que de gagner c’est bien, mais gagner tout le temps, ce n’est pas le simple fruit du hasard. On a entendu plein de gens se réjouir que Rethel ait perdu à Anglet. Curieusement, y’a beaucoup moins de gens qui l’ont ramené quand Anglet s’est fait taper à Villeneuve… C’est un tout. Quand on joue à Rethel, il faut accepter de n’être pas aimé et de se faire tailler pour telle ou telle chose… Mais il n’y a pas à s’en faire. Avant Rethel, Angers s’est fait brancher, et avant eux, c’étaient les Castors de Seyssins. C’était des équipes qui gagnaient tout le temps et à la longue, ça agace.

Justement, à votre propos, on entend souvent dire « Julien Thomas est un mec qui toise et qui se prend pour un autre ». Qu’avez-vous à répondre à ça ?
« Rien. Du moins… pas grand-chose. Les gens ne pourront jamais me juger sans me connaître. »

Il n’en demeure pas moins que vous dégagez une suffisance qui peut agacer…
« C’est bien possible, mais ce n’est pas par hasard. Les gens peuvent bien penser ce qu’ils veulent, pour moi ce n’est rien d’autre que du détachement. Moi j’ai une façon de voir les choses. Qu’on parle de moi en bien ou en mal, tant qu’on parle de moi… ça sert mon club et mon sport. »

 

« Nous, le RILH, nous avons des résultats… »

 

Ce championnat 2010 semble promis à Rethel, Anglet ou Amiens… Qui sera champion selon-vous ?
« Rethel, évidemment, parce qu’on est meilleurs et plus réguliers depuis des années et cette saison encore. »

jujuedf2Revenons à l’équipe nationale… Qu’évoque pour vous le souvenir des World Games ?
« Le fait que, sans prétention, il y aura nous et les autres. Comme Jim (Jimi Lefranc) l’a dit pour RHAF, il y aura toujours ceux qui l’ont vécu et les autres. C’est quelque chose qui reste impossible à définir finalement. Une aventure à part… »

Suffisamment à part pour rester anonyme ?
« (soupire)… On doit tous reconnaître que c’est une énorme frustration de faire ce qu’on a fait aux WG et de voir que finalement, personne ne sait qu’on existe. Maintenant, c’est certain que dans la FFRS (Fédération française de roller skating, Ndlr), on fait tâche, forcément, puisque nous, on a des résultats, et pas seulement au niveau mondial, mais déjà sur l’échelle européenne. Mais ça, c’est une chose qui a toujours existé. Le roller hockey rapporte des résultats, mais tout le monde s’en fout. »

C’est une frustration personnelle, liée aux joueurs eux-mêmes, où une déception collective d’un sport qui n’a pas la place qu’il mérite ?
« On a tous un rôle à jouer dans cette histoire. Après, il y a eu des performances collectives au nom de la fédération et personne ne l’a su, personne ne l’a exploité, et ça, c’est difficile à comprendre, du moins à accepter. Les gens qui nous fixent les objectifs ne font pas leur part du travail, et ça, on ne le vit pas bien, forcément. »

Avez-vous aujourd’hui la sensation d’être mis de côté par la FFRS ?
« Sûrement, mais y’a déjà longtemps que je ne fais plus attention à ça. Au risque de choquer, je m’en fous complètement de ce que peut bien penser la FFRS des résultats du RILH. »

jujuedf3Un mot sur les Mondiaux de cet été… Devez-vous plus craindre les Américains que les Tchèques qui joueront à domicile ?
« Tous les joueurs de l’équipe de France et moi, on ne craint personne. La dernière fois que les Tchèques ont joué chez eux, ils se sont fait taper par les Américains… Nous on vient pour gagner. »

On parle d’une très grosse équipe possible à Paris… Vous serez encore Rethélois la saison prochaine ?
« C’est impossible à dire. Nous verrons bien le moment venu. Je profite de l’occasion qui m’est ici donnée pour remercier Eric Pinard et Christian Bozon pour tout ce qu’ils font pour moi. »

Pour conclure, si vous deviez élire l’équipe type des quinze premières années du roller hockey français, quelle serait-elle ?
« Question difficile… Limiter ça à quatre mecs, c’est impossible. Dans les cages, je mettrais Terry Lefranc, sans hésiter. Après dans le champ, il y aurait Antoine Huet, Geoffroy Tijou, William Richard, Florant Quarante, Jimi Lefranc et moi. Et sur le banc, je verrais bien Bernard Séguy pour ses beaux maillots jaunes ainsi que Laurent Pizon pour les sorties en boîte. »

 

* NarCh est le regroupement des championnats de roller hockey d'Amérique du Nord, en partie professionnel et ayant lieu chaque été.

Entretien réalisé par YM

Crédits photos: BlackGhost / CNRilh / DR

 

Commentaires 

 
0 #1 05-02-2010 15:39
"Qu’on parle de moi en bien ou en mal, tant qu’on parle de moi… ça sert mon club et mon sport. »

Cette phrase je me demande si c'est pas Laurent Pizon qui te l'a appris, lors d'une virée en minibus pour aller en boite!!
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0 #2 11-02-2010 08:18
Vos interview sont quand même de la balle atomique! Bravo les gars pour le job...
Pourquoi on entends jamais parler de ces mecs qui sont l'âme du Rilh??
Elle mange bien la fédé, sur le coup
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0 #3 06-03-2010 23:32
Julien Thomas remercié par Rethel
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0 #4 29-08-2010 15:19
Bonjour Julien
Je fais partie d'un Club de Roller Roll'R2Rien sur Argenteuil. Nous avons toujours notre prof de Hockey mais notre prof de Roller s'est blessé. Nous sommes donc à la recherche d'un prof pour les mardi soir de 19h à 22H
Aurais tu quelqu'un à nous conseiller ?

Merci d'avance pour ta réponse !
Elisabeth 06 21 72 33 44
http://rollr2rien.free.fr
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