Ô Capitaine, mon capitaine !
Depuis que je m’intéresse à ton sport capitaine, tu n’as pas été le premier à arborer sur le torse cette belle lettre C sur fond tricolore. Laurent Spinetti, Florent Quarante, Olivier Dimet, Orlando Cudicio ou encore Julien Thomas l’ont fait avant toi. Ils restent pour moi des patrons, des tauliers mêmes… Mais toi tu seras mon capitaine.
Je t’ai vu rentrer humblement, il y a fort longtemps, dans ce monument national avec ton pote Carreyn, puis y faire admettre ton frère Charbonneau alors que Dédé et son style inimitable faisaient frissonner tous les filets du monde. Et que Carlos Perez avait déjà valeur de symbole défensif.
Capitaine, je t’ai retrouvé après des années mais j’ai presque à le regretter. Avoir vécu ce drame est un déchirement. Je prends le pari que tant que tu resteras un joueur des Hawks, tu lorgneras vers le compteur pour scruter le cap fatidique… 6’38’’… Ça te suivra toujours, tu devras vivre avec parce que c’est à ce moment précis un soir de juillet 2010 à Beroun sous un orage qui s’annonçait qu’on t’a expliqué, mal expliqué, que ta carrière internationale venait de toucher à sa fin.
J’ai vécu ça mon capitaine, du banc, de loin mais de très près à la fois. Tu as quitté la piste aux étoiles avec la dignité et la fierté des grands, la tête haute, le regard droit. Tu es allé au vestiaire et tu t’es assis, seul dans la grande chambre. J'ai voulu aller te voir et dans l’ouverture de la porte, j’ai pu t’apercevoir, anéanti, déconcerté, fou d’une rage contenue. J’ai hésité à prendre une photo… Mais j’ai refermé la porte sur ce moment d’intimité qui ne pouvait appartenir qu’à toi seulement.
Tu t’es changé, tu as enfilé ton survet’ des Hawks et tu nous a rejoints sur le banc, sans un mot mais avec une colère profonde dans les yeux. Il t’a fallu quelques minutes mais tu t’es très vite remis dans ton rôle de capitaine. Tu as continué d’encourager tes potes, de les soutenir… Tu n’as pas manqué de me faire part de ton sentiment sur l’homme au sifflet dans des termes que je ne t'avais jamais entendu prononcer à l'égard de qui que ce soit. La sirène a retenti, mettant un terme cette fois définitif à ta carrière en équipe de France et là, tu as craqué. Ton ami Vincent est venu à toi et vous vous êtes tenus comme des frères.
Plus tard, tu as retrouvé tes proches, ta femme et ton petit garçon. Nouveau moment d’une émotion indescriptible d’un père qui étreint un fils qui ne peut évidemment pas comprendre ce qui vient d’arriver. Mais dans des années, le petit Aubin risque de te demander ce qu’il s’est déroulé ce soir-là. Tu lui raconteras alors que tu as terminé ta carrière internationale sur une injustice redoutable et que voilà, c’est la vie. Et lui pourrait bien alors te demander… « Pourquoi t’as pas continué encore un an papa ? »
Nous, cette question mon capitaine, on se la pose tous. D’abord en plaisantant le soir même, car il fallait bien se faire philosophe pour dédramatiser ce qui ne peut pas l’être. Mais aujourd’hui, cette question, le roller hockey français se la pose avec le plus grand sérieux. La fédération elle-même se la pose. Ton choix, tu dis l’avoir mûri, réfléchis, personne n’en doute. Mais tu ne pouvais pas non plus prendre en compte un tel fait dans ta réflexion. Un joueur qui a porté cent vingt-trois fois le maillot bleu ne peut pas partir de la sorte. Tu ne peux pas finir comme ça mon capitaine. Quand on possède ton envergure, celle qui impose le respect unanime de tes adversaires et l’admiration de tes coéquipiers, on ne quitte pas la scène par une porte dérobée.
Alors mon capitaine si tu restes sur ta décision, nous serons unanimes pour la respecter… Mais quand même, si le cœur t’en dit, reste encore une saison et fais nous ensuite une sortie digne des grands. Tu rentreras ainsi dans le Temple de la Renommée du roller hockey français avec le prestige qui te revient et avec la sérénité du devoir accompli et de l’injustice réparée.












