L’entraîneur de l’équipe de France revient sur quinze années de roller hockey. Ce qui l’a marqué, en bien comme en mal, ce qu’il attend des années qui arrivent… Bernard Seguy, présent à la tête des Bleus depuis 1996 avoue avoir parfois été pris de lassitude, notamment en 2008. Il ne contourne pas les questions liées à sa politique de sélection, à son caractère. Avec ses défauts et ses qualités, Bernard Seguy se révèle être un homme comme les autres. Mais l’empreinte qu’il a posé sur le roller hockey français sera de toute façon historique…
Bernard, vous allez revenir à Roccaraso quinze ans après les premiers Mondiaux de l’équipe de France (1996). Quelle synthèse pourriez-vous faire de ces quinze années ?
« (il hésite longuement) Résumer quinze ans en une seule question, c’est presque impossible. Il y a eu tellement de choses depuis. L’évolution la plus marquante est liée au jeu et à sa vitesse, sans doute. Récemment, j’ai revu une vidéo des premiers Mondiaux… J’ai failli m’endormir. Il faut avoir conscience de ce que c’était à l’époque. Et puis si on veut faire une comparaison amusante entre les époques, il y a quelque chose qui me vient à l’esprit. Je ne porte pas de jugement sur la politique sportive de certains clubs, mais il y a quinze ans, on se battait contre les renforts des glaceux en fin de saison. Maintenant, la problématique est liée à des joueurs professionnels américains… Si notre championnat les attire, c’est peut être un signe encourageant. »
Auriez-vous pensé à l’époque que le roller hockey arriverait là où il est aujourd’hui ?
« J’étais très sceptique, je le reconnais. Je pensais que le développement et la structuration serait beaucoup plus longs. En réalité, c’est Philippe Goudy (premier président du comité national de roller hockey, ndlr) qui m’a fait changer d’avis. Il m’a dit que tout était possible, qu’il fallait oser. Le bon exemple, ce sont les Juniors aux Mondiaux. Fallait-il le faire ? Aujourd’hui on sait que oui, mais à l’époque on n’en était pas sûr. On s’est dit « allons-y, on verra bien ». Il fallait oser donc, pour beaucoup de choses, et on a osé. A l’époque, tout était à faire. Aujourd’hui, grâce à l’évolution que nous avons connue, j’ai la possibilité de me recentrer sur mon travail d’entraîneur national, notamment au travers de plan de détection. »
Comment êtes vous parvenus à la tête de l’équipe de France ?
« En 1994, après deux saisons passées à Nantes, j’ai décidé d’arrêter ma carrière de hockeyeur professionnel. Je suis rentré à Grenoble où je devais prendre la direction du hockey mineur. Plusieurs jeunes à l’époque, dont Benjamin Girardier, voulaient monter une équipe de roller hockey. Jean-Marc Djian (ancien gardien des Brûleurs de loups et de l’équipe de France de glace, ndlr) m’a poussé à m’impliquer. Peu après, c’est lui qui a proposé mon nom à la Fédération alors qu’ils recherchaient quelqu’un pour développer cette discipline. Ça a vraiment démarré en 1995, après les Open Rollerblade et le premier championnat de France. Cette année là, on m’a demandé d’aller aux Etats-Unis avec Philippe Goudy pour suivre le premier Mondial à Chicago et voir ce qu’il y avait à en retenir. »
La première équipe de France, en 1996, vous évoque quoi comme type de souvenir ?
« Une aventure surtout, et pas mal de bricolage. Je me souviens d’une première sélection à Saint-Etienne puis d’un stage d’avant Mondial à Chambon-sur-Lignon… C’était rocambolesque ! On a joué sur une piste toute petite et on disputé un match amical entre nous à Saint-Etienne. La surface de jeu devait faire trente-huit mètres par quinze. Il y avait trois cent spectateurs, c’était surréaliste. On partait dans l’inconnue complète au Mondial. Quelles équipes, quelle surface de jeu ? On ne savait rien de tout ça… J’avais une idée de notre niveau et avec Philippe Goudy, on s’est dit qu’une place dans les dix premiers, ça serait pas mal. J’ai une image en tête qui m’amuse encore. Celle de Jean-Yves Beltran, le gardien de Montpellier qui était l’un de nos gardiens avec Manu Moussu. Il rentre dans la patinoire de Roccaraso en premier, se retourne vers nous et lâche « C’est bon, objectif atteint, on est dans les dix… Y’a dix équipes ! » Voilà, c’était ça la première année… »
De ces quinze ans, quel souvenir positif vous a le plus marqué ?
« Ce premier Mondial en Italie, sûrement. Il restera à part, surtout pour des raisons humaines. On a décroché la médaille d’argent, mais ce n’est pas ce qui m’a le plus marqué. Il y a tant de choses… Dont beaucoup ne peuvent pas être racontées (rires). »
"Zell am See a été un sale Mondial"
A l’inverse, quelle image négative retenez-vous ?
« Il y en a une qui m’a terriblement marqué, mais je ne souhaite pas en parler, j’en ai encore une boule au ventre… (Il marque une pause). Disons simplement que chaque Mondial est spécifique. Il est arrivé que sportivement l’aventure soit belle mais que humainement elle n’apporte rien, et inversement. Par exemple Zell am See, en Autriche en 1997, c’était un sale Mondial. On a eu des problèmes dans le staff, des problèmes avec les joueurs. Et pour autant j’ai encore en tête de belles images… Le seul Mondial parfait, c’est certainement celui que l’on gagne. »
Vous n’avez pas que des fans Bernard, je ne vais pas vous l’apprendre. Certaines personnes estiment que vous êtes à la tête de l’équipe de France depuis trop longtemps…
« Je comprends les personnes qui pensent ça mais je pars du principe que le Directeur Technique National (DTN, Hervé Lallement, ndlr), mon patron, me fait confiance donc ça doit avoir un sens. Mais je ne veux pas que l’on croit que je m’accroche à ce poste. »
Vous n’avez jamais ressenti de lassitude ?
« Si, et même assez récemment. L’après Mondial de Dusseldorf en 2008 a été très difficile psychologiquement. J’ai eu un vrai trou après ça… Malgré la médaille d’argent, j’ai eu du mal. Heureusement, la qualification pour les World Games m’e remis un coup de boost. Ma femme m’a également beaucoup aidé. Chaque année, j’essaie de changer quelque chose, de trouver quelque chose de nouveau. Que ce soit dans mon discours, dans mon approche. Il ne faut pas que les joueurs soient lassés non plus. »
Vous auriez dit que si la France était championne du monde prochainement, vous arrêteriez. C’est vrai ?
« (rires) Je ne crois pas l’avoir dit… Mais en revanche, je me souviens qu’une fois avec Laurent Spinetti (le premier capitaine de l’équipe de France, ndlr) on avait dit un truc pour rigoler. On attend un Mondial en Australie pour faire une photo là-bas et après ça on pourra arrêter. »
Vous avez l’image de quelqu’un d’intransigeant. Il arrive même que des gens vous taxent de partialité dans votre sélection…
« Si ça veut dire être rigoureux et perfectionniste, alors oui, je le reconnais. Tous mes choix je les assume et je vais même vous dire mieux que ça… Quand on fait une sélection, que l’on fait des choix, on les fait en pleine connaissance de cause. Ça veut dire que l’on sait des choses, toutes les choses qu’on a besoin de savoir sur un joueur. Les gens qui ont un regard critique ne savent pas tout. Et puis on n’est pas au football, mais malgré tout, il y a douze mille sélectionneurs en France. Mais j’ai quand même entendu certaines critiques. Je pense aujourd’hui être moins bourru, moins têtu. »
"Nous avions anticipé les départs de Tijou et de Ladonne"
Comment se fait-il que l’équipe de France soit mal vue sur les championnats du monde qu’elle dispute ?
« C’est une bonne question, je ne sais pas y répondre vraiment… Mes joueurs ne sortent pas dans les bars, c’est vrai. On y voit les Américains, les Italiens, mais pas les Français. Sauf que les Américains, ils gagnent. Depuis des années, on termine devant l’Italie… Après, notre sale réputation, on la doit peut-être aussi un peu à certains arbitres qui ne nous ont jamais fait de cadeaux. »
L’équipe de France 2011 a pris un tournant historique. L’arrêt de Geoffroy Tijou, celui de Benoit Ladonne. Le groupe en a-t-il été affecté ?
« On ne perd pas deux joueurs de ce calibre sans que ça ait un impact. L’équipe de France a été souvent remaniée et depuis quelques saisons elle avait été stabilisée. Sauf que nous avions pu anticiper ces deux départs, nous savions quoi faire. »
L’attribution du capitanat à Hugo Notturno a été une surprise pour beaucoup. Pourquoi ce choix ?
« Pour une raison très simple. Les joueurs qui ont évolué ces dernières années avec Geoffroy Tijou comme capitaine ont été très marqué par lui. Je ne voulais pas que le nouveau capitaine ait cette charge à porter. Je ne voulais pas que Vincent Charbonneau ou Renaud Crignier se sentent obligés de faire du « Geoff » et de vivre dans son ombre. Olivier Dimet et moi avons alors estimé qu’Hugo était crédible dans ce rôle. C’est un excellent joueur, un meneur d’hommes. Malgré tout, j’ai encore le sentiment qu’il nous manque un leader. L’équipe est excellente, homogène, mais il manque un chef de meute. »
L’arrivée de Nicolas Ruel dans le groupe a également été une surprise. Qu’est-ce qui vous a convaincu chez lui ?
« Nicolas était dans les petits papiers pour 2012, pas encore pour cette année. J’ai quand même souhaité le voir en stage. Et puis le forfait de John Ostré (l’arrière de Toulouse, blessé à l’épaule, ndlr) a précipité les choses. Il est costaud, il possède une puissance qui nous manquait et travailler dans les coins, il sait faire. Il a un caractère qui me plait. Après la finale aller perdue 8-4 par Anglet à Rethel, j’ai discuté avec lui. J’ai vu un mec qui avait la rage et qui m’a dit d’emblée, « on sera là au match retour et ça sera pas la même ». Voilà ce que j’attends d’un joueur de l’équipe de France. »
Karl Gabillet et Baptiste Boitard ont réalisé une saison assez solide. Qu’attendez-vous d’eux à Roccaraso ?
« J’attends d’eux qu’ils jouent à leur niveau. Après nos matchs en Suisse, ils ont été remis en place. Je leur ai dit qu’aux vues de leurs derniers matchs, j’attendais plus de leur part. Ça n’a pas été les seuls joueurs à prendre une chasse. Ils avaient besoin de l’entendre et ils ont répondu lors du match retour contre Rethel. Maintenant que les choses ont été dites, je ne veux pas leur mettre de pression supplémentaire. Ils savent ce qu’ils ont à faire. »
"L'Italie nous donnera déjà une idée"
Pour la première fois depuis près de dix ans, les frères Lefranc ne seront pas présents en sélection. Ce n’est pas anodin…
« Non, mais pour Jimi, je pense que le moment était venu. Nous avons eu une discussion avec lui. Parfois, les joueurs sentent ou savent quand le moment d’arrêter est arrivé. Jim a été un grand joueur de l’équipe de France, c’est certain. Pour Terry, c’est un peu différent. Il n’a pas fait les stages, ce n’est pas nécessairement de sa faute mais dans le même temps, je ne pouvais pas dire à Roman de Preval qui les a tous fait que je prenais Terry à sa place. Ethiquement, c’était impossible. »
Vous aviez également l’option Jérôme Salley. Qu’est-ce qui a fait pencher la balance du côté de Roman ?
« Lorsque j’ai proposé à Jérôme d’entrer dans le groupe France, ce n’était pas pour une place de premier gardien. Mais comme c’est un compétiteur, il a voulu se battre pour cette première place. Dans le même temps, Roman a fait une très grosse saison à Nice, il a été bon en stage. Et puis l’avenir, ce n’est pas Jérôme, c’est Roman. »
Un mot sur le Mondial qui attend l’équipe de France dans une semaine…
« Il y a deux façon de voir les choses. Ou bien on se dit qu’à part les Etats-Unis, on évite les gros dans notre poule d’entrée. Ou alors on se dit qu’on aurait préféré les avoir avec nous pour ne pas les croiser trop tôt en playoffs. Nous verrons bien. Le premier match contre l’Italie nous donnera déjà une idée. »
Les Juniors entrent en scène lundi, quel regard avez-vous sur cette sélection ?
« C’est une équipe à trois étages. Il y a les anciens expérimentés, les anciens sans expérience et les nouveaux, également sans expérience. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment se comportera cette équipe. Oui, il y a une faiblesse de vécu, mais la fougue de cette jeunesse peut nous apporter des choses. Et puis le programme de nos matchs va nous permettre de monter en puissance. »
Voyez-vous dans cette génération beaucoup de joueurs capable de franchir le pas vers les Seniors ?
« La saison dernière, j’en avais trois en tête. Kévin Chazalon, Thomas Enguerrand et Charly Hallard. On verra ce que l’avenir leur réserve. Lambert Hamon est un joueur d’avenir. De même que Théo Fontanille qui possède une condition physique exceptionnelle bien qu’il manque encore de puissance. Maxime Langlois est encore jeune, mais c’est un joueur qu’il faudra surveiller. »
Entretien réalisé à Grenoble par Yann Maillet (Crédit photos : FFRS)















Commentaires
je me rappel du championnat de monde a Amiens ou toutes les equipes cherchaient une solution pour ne pas glisser. les US avaient opté pour de l'alcool de mémoire, c'est vrai que sur la 60X40 de Amiensil y avait des match tres tres lent. j'ai encore la video , je me la repasse quelque fois.
bonne continuation Bernanrd et merci encore de ta venue a l'ile de la reunion et de tous tes encouragements et soutiens envers le Roller hockey dans notre ile
alain tricat