Au même titre que Laurent Spinetti, il a fait partie des pionniers du roller hockey français. Formé sur la glace, aux Brûleurs de loups de Grenoble, Antoine Huet a été l’arrière de l’équipe de France durant six années. Désormais entraîneur général du club de hockey sur glace grenoblois, Antoine continue de garder un œil sur l’actualité du roller hockey français. C’est avec plaisir qu’il a accepté notre invitation à faire un bond en arrière de quinze ans pour retourner à la source, à l’anneau de vitesse, là où tout a commencé, avant de revenir doucement vers le présent…
Le célèbre anneau de vitesse de Grenoble. Dans la capitale des Alpes, tout le monde connaît cet espace en plein air situé dans le Parc Mistral entre la patinoire Clemenceau et le Palais des Sports. Aujourd’hui, bien peu de joueurs de roller hockey sauraient le dire, mais c’est ici qu’est né le street hockey. Bien sûr, on jouait déjà à Amiens, à Reims, à Rouen, à Angers… mais Grenoble a été le point d’appui d’un sport qui s’est immédiatement ancré dans la culture locale, grâce notamment à cet anneau de vitesse.
Grenoble est une ville de hockey, ce n’est un secret pour personne. Depuis les Jeux olympiques de 1968, malgré des résultats décevants de la bande à Philippe Lacarrière, tout le monde aime ce jeu ici. C’est d’ailleurs cet évènement qui a fait rentrer la famille Huet de plain pied dans le hockey sur glace. « Papa a commencé à jouer après avoir vu les JO, affirme Antoine. C’est lui qui a donné ce goût à la famille je pense. Naturellement j’ai suivi puis mon frère ensuite. Dans la famille entre les beaux-frères, les cousins, on est nombreux à jouer ou à avoir joué. »
Des RollMops à l'équipe de France
Mais le roller hockey, il faut attendre encore bien des années avant de le voir surgir chez les Huet, et encore, par le plus grand des hasards après une opération des dents de sagesse… « Ça devait être en 1995 je pense. J’étais de passage à l’anneau de vitesse et j’ai vu des gens sur des rollers en train de jouer. Il s’agissait en fait d’un Open Rollerblade. Là j’ai croisé Bruno Moussu (ancien international et joueur des Castors de Seyssins qui est malheureusement décédé, ndlr). Il m’a expliqué qu’avec des copains, ils avaient créé une petite équipe, les « Rollmops ». Il m’a proposé de passer voir et de jouer avec eux de temps en temps. J’y suis allé… »
Et voilà comment sont nés ce qui allaient ensuite s’appeler les Castors de Seyssins, les tous premiers champions de France de l’histoire. Un groupe composé d’anciens hockeyeurs parmi lesquels on peut citer Bruno et Manu Moussu, Yann Guérin, Jérôme et Philippe Schwerdel, Alan et Gaël Chauvin, Alexis Pasquier, Hervé Pasini, Stéphane Baills et Antoine Huet. Tous, ou presque, ont été internationaux. Un talent et un esprit de camaraderie tels que dès la première édition du championnat de France, les Castors sont allés au titre. « Franchement, c’était une blague tout ça, se souvient Antoine Huet avec légèreté. On était là pour rigoler, on ne faisait rien de façon sérieuse. Viser le titre à l’époque, on n’y aurait pas pensé une seule seconde… »
Forcément, tous ces joueurs ne pouvaient pas rester bien longtemps anonymes. Bernard Seguy, sélectionneur des Bleus et basé à Grenoble a rapidement remarqué cette bande de joyeux drilles. C’est ainsi que cinq d’entre eux ont embarqué à bord de l’équipe nationale en 1996, direction Roccaraso. « Bernard savait très bien à qui il avait à faire, avoue Antoine. Il a été tout de suite très clair et a dû nous dire quelque chose comme « Si vous êtes venus pour faire les cons, c’est pas la peine de rester ! » A la Bernard quoi (rires)… Alors on s’est adapté et on est resté très sérieux. On était tous des hockeyeurs mais quand on était au roller, on n’avait pas la tête ailleurs.»
L’histoire, on la connaît. L’équipe de France, première du nom débarque à Roccaraso, en terre inconnue et revient de son premier Mondial avec une médaille d’argent… « C’est loin tout ça, glisse Antoine Huet avec une pointe de nostalgie. On ne connaissait rien, ni personne. Dans le groupe que nous formions, je connaissais Luc Baud, Laurent Spinetti et Florent Quarante en plus des copains des Castors. On est arrivé en Italie sans même savoir sur quelle surface on allait évoluer, on jouait avec des bas, comme au hockey. Le résultat final a été exceptionnel. Mais je me souviens qu’à l’époque, nous qui étions tous des hockeyeurs, on avait un peu relativisé car le Canada n’était pas là. »
L’histoire d’Antoine Huet avec les Bleus va durer six années. De Roccaraso en 1996 à Torrevieja en 2001. « Ce Mondial n’est forcément un bon souvenir, pas parce que c’était le dernier, mais parce que je n’ai pas été bon. L’équipe n’a pas été terrible non plus. Je crois bien qu’on avait été battus par le Japon, on terminé à la septième place il me semble… »
La fierté du grand frère
Aujourd’hui, Antoine continue de garder un œil attentif sur le roller hockey, à ses résultats et à ce qui s’y passe. « Je regarde les résultats de la Ligue Elite chaque semaine, confirme-t-il. Je suis aussi les listes des internationaux pour voir qui part en stage et puis évidemment, je supporte l’équipe de France chaque année. »
A ce titre et en tant qu’ancien international, Antoine avoue que la marque laissée dans l’histoire a sans doute son importance, mais il souhaite la relativiser. « Oui, on a peut-être été des précurseurs. On a sûrement posé des jalons. Mais on n’a pas la légitimité qu’on les internationaux d’aujourd’hui. A l’époque on était trois cent licenciés, le choix des joueurs était vite fait. Les joueurs de l’équipe de France des générations récentes et actuelles ont beaucoup plus de mérite que nous en avions. »
Et toujours en tant qu’observateur privilégié de ce sport, celui qui a vu arriver en équipe nationale les Renaud Crignier, Geoffroy Tijou, Vincent Charbonneau, Terry Lefranc et autres Julien Thomas prévient. « Le drame du roller hockey de haut niveau serait d’arriver à des équipes avec trois Slovaques, deux Russes et deux Suédois. Je pense qu’économiquement on en est encore loin. C’est une erreur que le hockey a faite et cela peut en partie expliquer pourquoi la France a été en retard. Il faut tout miser sur la formation. Ça relève du bon sens des dirigeants. »
Et puisque beaucoup parmi vous qui lisez ces lignes ne connaissent pas forcément Antoine Huet, vous devez être alors aussi nombreux à vous demander si ce Huet là a quelque chose à voir avec celui qui a brandi la Stanley Cup il y a moins d’un an, après avoir porté le maillot du Canadien de Montréal et des Capitals de Washington… Antoine est le grand frère de Cristobal Huet. Il a d’ailleurs vécu le sacre de son cadet au plus proche l’année dernière, sur la glace après le but victorieux de Pat Kane puis dans le vestiaire même des Blackhawks de Chicago… « J’étais là quand le premier bouchon de champagne a sauté, se rappelle-t-il avec fierté. Avoir vécu ce moment d’aussi près, de l’intérieur… C’était formidable. Bien sûr, pour le hockey français, ce n’était pas rien, mais alors pour nous, sa famille, c’était quelque chose ! Malheureusement pour lui, sa saison avec Fribourg cette année s’est arrêtée bien tôt puisque l’équipe a été éliminée des séries prématurément. Il continue de s’entraîner pour être prêt pour le Mondial avec l’équipe de France. Est-ce que Cris va revenir en NHL ? C’est très difficile à dire. Il appartient toujours à Chicago mais il y a beaucoup de paramètres qui entrent en compte. S’il y a peu de mouvements chez les gardiens, ça semble compliqué. En revanche, si ça bouge un peu, il pourrait intéresser une franchise. »
L’histoire ne dit pas si Cristobal Huet viendra un jour au roller hockey, ce qui semble peu probable. Mais ce qui est certain, c’est qu’Antoine lui a été l’un des grands arrières de l’équipe de France et qu’aujourd’hui encore, son nom reste une référence, même dix ans après sa retraite internationale.
Yann Maillet
(Crédit photos : Famille Hostein, DR / Brûleurs de loups de Grenoble, DR)















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