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Laurent Spinetti, premier de cordée

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Spi2Il est leur père spirituel à toutes et à tous. Tous ces joueurs et joueuses de la génération actuelle qui portent les couleurs de nos équipes de France. Laurent Spinetti a été le premier capitaine des Bleus, il y a quinze ans, alors que la nation tricolore participait à ses premiers Mondiaux, à Roccaraso. Il a été le premier joueur honoré en 1996 de la médaille d’argent. Quinze années plus tard, le meilleur buteur français de cette première édition avec neuf buts (ex aequo avec le Grenoblois Luc Baud) revient sur sa carrière et présente sa vision de ce que le roller hockey est devenu.

Laurent, pouvez-vous, pour commencer, vous présenter au grand public ?
« J’ai 46 ans, je suis agent de maîtrise dans la maintenance hydraulique sur l’automatisation et l’électricité. Responsable des travaux dans la société des thermes de St Gervais en parallèle, je suis entrepreneur dans la rénovation d’appartement tout confondu. Papa de deux enfants, Fiona 12 ans et Robin 16 ans avec qui il m’arrive de jouer au badminton.
Je suis entraîneur-joueur de roller hockey au club des Bloody Tigers à Thiez  (Haute Savoie) et je fais partie de l’équipe de France vétérans (SACOS) qui participe aux à la Coupe du Monde depuis l’année dernière. »

Avant le roller hockey vous avez fait vos premières armes sur glace. Quel a été votre parcours ?

« J’ai commencé à six ans à St Gervais et très rapidement, j’ai trouvé ma place avec autour de moi des joueurs mais surtout des copains. On est resté ensemble de Poussins à Seniors, ce qui nous a permis de gagner treize titres de Champion de France dont cinq en Juniors et deux en Seniors avec aussi deux participations à la coupe d’Europe.
Depuis Cadet, j’ai toujours été en équipe nationale avec plusieurs championnats d’Europe et Mondiaux et j’ai été sélectionné dans l’équipe pré-olympique en 1992 pour Albertville mais je n’ai pas participé aux JO.
Je me suis engagé avec le club de Chamonix en 1986 où je suis resté pendant huit ans comme professionnel avec un titre de champion de France de Nationale 1. J'ai eu la chance de jouer avec des grands joueurs comme Philippe Bozon, Christophe Ville, Christian Pouget, Stéphane Barin, Laurent Gras, Richard Aimonetto ou Gérald Guenelon, l’actuel DTN du hockey sur glace.
Je suis ensuite revenu à St Gervais où j’ai rejoins André Pellofy, Guy Dupuis, Jean-Philippe Lemoine et Christian Bozon. J’ai mis terme à ma carrière de joueur en 1996. »

Après un tel parcours comment êtes vous arrivé au roller hockey ?
« J’ai commencé en 1995 avec des potes sur un parking puis rapidement on a monté un club et joué dans un championnat. En 1996, j’ai rencontré Bernard Seguy, joueur des Yeti's de Grenoble qui recherchait des joueurs pour participer aux Mondiaux. Philippe Goudy (premier Président du Comité national, ndlr) et lui étaient allés à Chicago voir les premiers Mondiaux l’année précédente et voulaient participer à la deuxième édition. Bernard a recruté des joueurs pour partir avec notamment un stage de préparation mémorable comme le reste qui va suivre.
Je suis resté comme joueur et capitaine pendant trois ans avec lui comme entraîneur national avant de devenir son adjoint durant six saisons.
En parallèle, j’ai fréquenté plusieurs clubs qui me sollicitaient en amenant avec moi deux potes, Thomas Chalot et Nicolas Goupil. J’ai également joué à Angers où je suis parti seul pour les finales avec à l’arrivée un titre de Champion de France. Maintenant, je joue en régional sur la Haute Savoie. »

Les Mondiaux reviennent 15 ans plus tard à Roccaraso, quel premier souvenir vous évoque cette ville italienne ?

« Mon premier souvenir, l’attente tout équipé dans les tribunes en train de regarder des gens lancer des drapeaux sans arrêt pendant je crois plusieurs heures avant de jouer notre premier match contre le pays hôte, l’Italie. »

"Une vraie amitié est née"


Quels ont été pour vous les faits marquants de votre parcours qui vous mènera jusqu’à un titre de vice-champion du monde ?

Spi3« Cela a été extraordinaire, car vous imaginez des anciens de la glace croyant avoir tout vu. Les équipes adverses en règle générale venaient du rink hockey et d'autres de la glace. Les affrontements étaient complètement différents et je dirais que la victoire sur les Italiens en match d’ouverture a été primordiale. Cela nous a permis de connaître notre niveau de jeu et d’aborder les autres matchs plus sereinement, aussi d’éviter la confrontation avec les Américains avant la finale.
Puis les journées ont passé et on a commencé à croire en notre chance. Il régnait une ambiance dans le groupe extraordinaire avec un staff composé de Bernard, Christian Vineis, Philippe Goudy et Claude Boyer, le kiné (Richard Pouyot était le responsable matériel de l’équipe, ndlr). De fil en aiguille on a tissé notre toile sans se prendre la tête.
La demi finale contre les Autrichiens a été dure mais nous étions dans un état euphorique avec le soutien du staff et du président de la fédération française (Joël Retureau, ndlr) venu pour l’occasion. Je me rappellerai toujours de sa phrase à l’issue de la rencontre : « Maintenant que vous avez le gâteau, il ne manque plus que la cerise ! »
Le jour de la finale est là et on joue contre les Américains. On perd bien 7-1 mais on n’oublie pas que nous sommes vice-champion du monde de roller hockey. Nous avons fêté ça dignement avec des souvenirs qui restent dans ma tête même quinze ans après.
Je suis obligé de parler de l’hôtel qui nous a reçu avec une gentillesse incroyable et des repas digne de mes racines italiennes. Depuis ce championnat du monde où j’étais le capitaine et Bernard l'entraîneur une vrai amitié est née, je n'oublie pas Philippe Goudy et Christian Vineis. »

Vous parliez précédemment d’un stage de préparation mémorable, pouvait t’il laisser envisager un tel résultat ?

« Le stage avait lieu à Chambon-sur-Lignon, nous vivions dans un dortoir et nous nous entraînions sur une surface de jeu molle et petite où il était très dur de patiner. Ce n’était pas vraiment l’endroit idéal pour une préparation mais voila, Christian Vineis et tous les gens autour étaient tellement de bonne composition que l’on ne pouvait rien dire.
Si cela a joué sur le résultat ? Non je ne pense pas, on ne savait pas contre qui on allait jouer, c’est en arrivant à la patinoire que l’on a découvert nos adversaires. »

Avez-vous encore aujourd’hui des contacts avec vos coéquipiers de l’époque et vous arrive-t-il de rejouer ensemble ?

« Non j’ai peu de contact avec les autres joueurs à part Jérôme Hostein avec qui je joue depuis un an chez les Vétérans. Je suis très heureux de rejouer avec Bernard et lui. »

"Les étrangers, avec précaution"


Aujourd’hui justement le roller hockey a considérablement évolué. Quel regard portez vous sur ce sport quinze ans plus tard ?

Spi11« Je suis fier d’avoir été un des pionniers français dans ce sport qui a trouvé son identité et j'ai vraiment une profonde admiration sur l'implication de tous les joueurs et du staff qui ont fait de ce sport un sport de haut niveau désormais. »

On vous aurait dit à l’époque que des joueurs gagnent de l'argent en jouant, vous y auriez cru ?

« Oui, et je pense déjà qu’à notre époque il y avait en face de nous des joueurs comme le gardien italien, qui était un des meilleurs gardiens de rink hockey au monde, qui devaient gagner de l’argent. »

Vu votre expérience sur glace et les problèmes que ce sport a connu... Quelles sont les erreurs que le roller hockey ne doit pas commettre en comparaison ?

« C’est une question difficile, la comparaison de deux sports n’est pas aussi simple… Le roller hockey a vraiment trouvé son identité. Il n’est pas encore assez médiatisé à mon sens.
Par contre le jour où cela deviendra le cas, ce sport devra faire attention à la venue de joueurs étrangers, souvent pour des raisons financières… Dans le hockey, ils ne sont forcément pas meilleurs que les joueurs français. »

"La France ne craint personne"


Ami de longue date avec Bernard Seguy, vous avez été son premier capitaine puis son adjoint jusqu’en 2006, quelles relations entretenez-vous aujourd’hui ?
Spi6« C’est grâce à ce sport qu’une amitié plus encore une complicité est née. Même aujourd’hui, elle est intacte. Pendant trois ans je suis resté capitaine et ensuite j'ai en effet passé mon tronc commun en candidat libre et derrière mon brevet d'Etat pour devenir entraîneur adjoint de 1999 à 2006. La médaille de bronze obtenue à Bercy en 2005 résume parfaitement cette aventure… QUE DU BONHEUR et MERCI ! »

Parlons de Roccaraso 2011 pour finir. Le sport a évolué en France mais également à l’étranger. La concurrence est rude. Pensez-vous aux vues des prestations de l’équipe de France lors de ses dernières sorties mais aussi des performances des clubs français en coupe d’Europe, que la nouvelle génération peut réaliser un aussi beau parcours que le votre il y a quinze ans ?
« Je crois qu’il faut relativiser. L’équipe de France depuis deux ou trois ans est une des meilleures au monde avec des joueurs alliant qualités et expérience. Elle est même sans doute la meilleure au niveau tactique du jeu et de la vitesse, depuis plusieurs années déjà. Au final cette équipe ne craint personne sauf peut être elle-même. Je leur souhaite un très beau parcours cet été. »


Spi7




Laurent Spinetti vu par…


Antoine Huet, arrière des Bleus de 1996 à 2001

« Luc Baud et Laurent Spinetti incarnaient pour nous l’expérience. Ils portaient des valeurs saines. Ils appartenaient à cette caste des joueurs qui sont toujours à fond et qui n’aiment pas perdre. Laurent était hyper exigeant, mais c’était le capitaine légitime. Je ne l’ai connu comme coach qu’une seule saison, ça ne s’est pas très bien passé pour nous malheureusement. Mais la collaboration avec Bernard Seguy nous a tous semblé logique à l’époque. »

Jérôme Hostein, arrière des Bleus en 1996 et 1997

« A l’époque, j’arrivais de la glace, en D3. Laurent et Luc Baud étaient des joueurs qui sortaient du très haut niveau en glace. Ce n’était pas exactement la même planète. Je me souviens que « Spi » avait une vitesse de patinage et d’exécution qui était réellement impressionnante. C’était un capitaine de la veille école, exigeant, mais aussi dynamique et positif. Ça nous a aidé sans doute en 96 à avoir un groupe vraiment sain… J’ai plaisir à le croiser de nouveau lors des regroupements des Vétérans par le biais du SACOS. Les jambes ne vont plus aussi vite, mais les mains sont toujours excellentes. Je me souviens aussi qu’il était particulièrement à l’affût des amendes. »

Geoffroy Tijou, arrière des Bleus de 1998 à 2010

Spi10« Laurent a été mon premier capitaine en équipe de France. L'"ancien", le "sage". Winnipeg, en 1998, son dernier championnat du monde en tant que joueur, mon premier. J'ai souvenir que les Espagnols le surnommaient "D'Artagnan" ! Qui a dit que c'était à cause de sa petite moustache habilement soignée ? Non, non, ce surnom, il le devait sans aucun doute à son jeu fluide, précis et juste. Bref, un beau joueur de roller. Compétiteur, il l'était... Deux ans après l'arrêt de sa carrière internationale, il se lance un défi : gagner un titre de champion de France. Il rejoint la bande de jeunes des Hawks d'Angers à notre plus grand bonheur... et on gagne le titre ! C'est sans surprise qu'il devient l'adjoint de Bernard en équipe de France. Il est toujours resté proche des joueurs, et savait user de sa personne pour encourager et motiver les troupes. La médaille à Bercy fût une belle récompense pour lui. « Spi » connaissait l'importance de la vie du groupe. Il symbolise le côté familial de l'équipe de France que j'ai toujours connu. A ce propos, en "EDF", certains mots sont interdits, sinon tu mets deux euros dans la cagnotte. Depuis qu'il est parti, la cagnotte ne se remplit plus ! Il était redoutable pour faire dire aux autres les mots à ne pas prononcer. Régulièrement, on entendait ses éclats de rire nous alerter qu'il avait vaincu une nouvelle fois sa proie... Tonio (Antoine Carreyn) s'est fait plumer à maintes reprises ! »

Renaud Crignier, avant des Bleus depuis 2003

« Que dire sur Laurent Spinetti à part qu'il est celui qui m'a fait perdre le plus d'argent en équipe de France avec les amendes et ses multiples entourloupes ! Je suis trop jeune pour parler de sa carrière en tant que joueur et capitaine sous le maillot tricolore mais par contre il était le coach adjoint de l'équipe de France et plus particulièrement celui des avants lors des stages. Nos automatismes et notre duo d'attaque avec Jimi lefranc s'est d’ailleurs construit grâce à lui lors des spécifiques par poste qu'il dirigeait. C'est toujours un plaisir de le voir quand l'occasion se présente et il me rappelle mes débuts en équipe de France Senior en 1999, les stages à Talence et les "suis ton shoot !!" »



Entretien réalisé par Mathieu Laforgue (Crédit photos : Pierre Couraud / FFRS / DR)
Témoignages recueillis par YM
 

Commentaires 

 
+5 #1 10-03-2011 13:08
Article très intéressant.

Par contre les maillots de l'équipe de France de l'époque c'est quand même vachement plus la classe que les actuels.
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+2 #2 Doryan 10-03-2011 14:28
moi j'aime bien les pantalons de l'époque...
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0 #3 10-03-2011 17:07
super , vivement la suite ;-)
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+1 #4 10-03-2011 23:22
de la part d'un anonyme :)
Spi est un grand monsieur sur et en dehors des terrains, un ami hors pair.
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+4 #5 11-03-2011 21:20
le meilleur joueur que je n'ai jamais rencontré !!(sur et en dehors des terrains !)
un vrai copain sur qui tu peu compter ,surtout dans les coups durs ,
c'est un " MONSIEUR" qui inspire et qui mérite le plus grand respect !!
et en plus ..il n'a pas et n'a jamais eu ...la grosse tete..lui !!
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-1 #6 14-04-2011 16:52
c est vrai que notre spi national est un grand MONSIEUR 1m45 de memoire non c est pas vrai je rigole mon lolo a samedi
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0 #7 11-06-2011 18:09
Spi ( ou Zorro ! ), c'est la gentillesse et la bonne humeur assurée, ça demenage au Old Star avec lui ...
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