« Des instants pour toute une vie ! »
L’adage le confirme, on se souvient toujours de sa première fois. Un premier vélo, une première paire de baskets de marque, un premier amour… Les premières sont forcément à part. Mais il existent des premières tellement fortes émotionnellement que celles-ci sont gravées au plus profond, pour la vie. Une première dans un vestiaire de l’équipe de France à quelques minutes d’un premier match. Une première fois où l’on enfile le maillot tricolore, objectif suprême. Une première fois où un public, une famille, des amis, un président sont émus et fiers de vous voir rentrer la tête haute sous l’étendard de la nation. Une première Marseillaise que l’on attend depuis 10 ans. Une première présence sur le terrain quand le coach appelle le changement de ligne. Une première passe décisive. Un premier but… Il y a, c’est certain, des premières qui ne ressemblent à rien de comparable, des premières encore plus uniques. Gérôme Guérin, capitaine des Conquérants de Caen et désormais joueur international, a passé un moment en notre compagnie pour nous le confirmer. Gérôme, quand et comment avez-vous appris que vous seriez retenu pour ces rencontres de préparation au Mondial ?
« Des rumeurs étaient parties depuis un petit moment déjà. Mais après le dernier stage de Macon, j’ai été informé par mail que je ferai partie du voyage. En fait, on a un retour des stages, une sorte de débriefing en général assez rapidement, donc je l’ai su assez vite. »
D’aucuns auraient pu penser que cette sélection est la récompense de vos deux bonnes saisons en Elite, notamment celle-ci. De votre état d’esprit sympathique, du fait que ces rencontres sont jouées devant vôtre public… Mais en réalité cela part de bien plus loin.« Oui en effet. J’ai fait partie de la génération des joueurs de l’équipe de France Espoirs qui ont remporté le championnat d’Europe, comme Benoît Ladonne, Karl Gabillet ou John Ostre. La différence, c’est que ces garçons là sont très rapidement rentrés dans des groupes évoluant en Elite, là où de mon côté j’étais toujours en Nationale 1 avec Caen. Attention, il n’y a aucune rancœur ou de jalousie à cela, et pas non plus de comparaison. Benoît Ladonne est un joueur qui possède un tel talent que, de toute façon, son arrivée en équipe nationale était déjà indiscutable. Mais disons que pour moi ça a été un peu plus long. Cela dit, j’ai fait au moins un stage chaque année alors que je jouais toujours en N1. Puis nous sommes arrivés en Elite, pendant ce temps, je suis devenu de plus en plus à l’aise… Donc, non en effet, ça ne vient pas de ma seule bonne saison avec les Conquérants (25 points, 13 buts, 12 passes). »
« Le vrai talent, ce n’est pas seulement être capable de dribbler trois mecs »
Pour nous qui vous voyons évoluer depuis déjà quelques années et qui suivons votre parcours, cette arrivée chez les Bleus est l’aboutissement d’une implacable suite logique. C’est votre sentiment également ?« Pour moi, ce n’est une suite logique parce que c’était un objectif. J’ai travaillé pour ça et j’y suis arrivé. Mais cette logique, elle n’apparaît pas évidente tout le temps finalement. Je connais pas mal de mecs qui ont eu un parcours assez similaire et qui ne sont pas arrivés en équipe nationale, et je dis ça très humblement. C’est que beaucoup de choses rentrent en jeu à un moment donné. »
« Avant je pensais qu’il n’y avait avant tout que le talent. Mais le talent ça veut dire plein de choses. La talent c’est savoir dribbler trois mecs d’affilée, mais c’est aussi et surtout voir le jeu, sentir quelle est la meilleure décision à prendre à tel ou tel moment. Pour arriver en équipe de France, je pense que la capacité à appliquer un système et à s’adapter aux différents rebondissements d’un match, c’est la vraie clé. J’ai connu des joueurs qui étaient extrêmement forts individuellement, en terme de maniement, de passes, de lancers, mais collectivement, ils étaient plus légers. Ils n’ont jamais passé le cap de l’équipe nationale Espoirs, et encore, ils n’étaient pas toujours appelés. »
On sait aussi, et on en parle beaucoup actuellement avec l’actualité de l’équipe de France de football, que pour faire partie d’une sélection nationale, l’aspect humain, social est déterminant… On ne prend pas seulement des joueurs parce qu’ils sont meilleurs, mais aussi parce qu’ils vont savoir vivre et jouer ensemble.
« Oui, et j’en ai encore plus conscience aujourd’hui. Quand j’étais en Espoirs, on n’avait pas de compétition au début, la vie de groupe n’avait donc pas une importance cruciale. Quand on a gagné le championnat d’Europe, déjà, cette donnée a commencé à se montrer importante. Aujourd’hui que je fais partie de l’équipe de France Seniors, ça m’apparaît comme une évidence. Le groupe qui existe est tellement soudé, il vit tellement bien que je sais que lorsque le staff envisage de faire rentrer un nouveau, il se demande avant tout si le mec saura vivre au sein du groupe sans le déstabiliser. »
« Le lendemain, ça n’était déjà plus pareil »

« Encore une fois, c’était un objectif. Je savais que ces deux matchs étaient une étape obligatoire avant le Mondial. Alors une fois que j’ai été certain d’y être, bien sûr j’ai été soulagé, heureux. Mais en fait pas tant pour moi. Vous savez, quand on en est là, c’est qu’on a débuté, que quand on était petit, ce sont nos parents ou les parents des copains qui faisaient l’effort de nous emmener le dimanche pour jouer ici et là. Ce sont aussi les dirigeants des clubs qui ont rendu les choses possibles. Alors en fait, j’ai d’abord pensé à mes parents et au président de Caen, Fabrice Renou. »
L’équipe de France s’est équipée dans le vestiaire que vous occupez habituellement avec les Conquérants. Qu’y avait-il de différent vendredi soir pour votre premier match ?
« Tout… Tout est différent. L’atmosphère, l’ambiance, les repères changent complètement, même dans mon propre vestiaire, c’est même plutôt déstabilisant à vrai dire. On rentre dans une dimension nouvelle. La première fois qu’on enfile vraiment le maillot, quelques minutes avant de rentrer sur le terrain, c’est quelque chose qui ne s’explique pas… ça se vit. Ces moments là, je les aurai en moi jusqu’à la fin de mes jours. Le lendemain, ça n’était déjà plus pareil. »
On imagine que vivre ces instants là est de l’ordre de l’irrationnel, mais alors, la première Marseillaise de joueur international, c’est quoi ?
« Pareil, sauf que c’est encore plus intense émotionnellement. Mais aussi parce que c’est un moment auquel je pense depuis 10 ans. En 2000, j’étais allé voir les championnats du monde d’Amiens. L’instant où les joueurs se regroupent pour la Marseillaise était quelque chose qui m’avait marqué en particulier. Alors bien sûr que cette Marseillaise là, elle était vraiment spéciale. J’ai l’ai intériorisée, savourée, vraiment. »
« Pas besoin de hurler avec la main sur le cœur pour vivre l’hymne à fond »
On reproche aux joueurs de football, pour les prendre encore en exemple, de ne pas chanter l’hymne national. Est-ce quelque chose qui vous évoque une réaction particulière ?
« Oui, clairement oui. Je comprends ces joueurs. Je comprends ceux qui chantent, je comprends ceux qui ne chantent pas. Ce n’est pas parce qu’on ne chante pas l’hymne avec la main sur le cœur en hurlant les paroles que l’on ne vit pas ce moment à fond et que l’on ne respecte pas le symbole que cela représente. C’est personnel comme instant, on le vit en équipe, mais chacun est libre d’en faire ce qu’il veut. »
Il s’est dit que l’enjeu, la crispation ont un peu dénaturé votre jeu lors de ce premier rendez-vous…« Oui c’est vrai. Je n’ai pas été mauvais, je n’ai pas fait d’erreur grave mais je n’ai pas joué comme d’habitude. Je n’étais pas du tout libéré, je pensais trop. J’ai croisé des amis à la fin du match, des coéquipiers, mon ancien entraîneur. Ils me l’ont tous dit. »
« Personne ne m’en a parlé le soir même. Ni même le lendemain. C’est à la mi-temps du deuxième match que Bernard Seguy m’a expliqué qu’il avait confiance en moi, qu’il savait ce dont j’étais capable et que je devais jouer comme je sais le faire chaque semaine. Ça m’a aidé, c’est évident. »
Au point de vous amener à marquer le dernier but français lors du second match, votre premier but en tant qu’international…
« Oui, mais… Je ne m’en rappelle pas, aussi curieux que ça puisse paraître. Bien sûr que je me rappelle avoir marqué, je sais que c’est Julien Couraud qui me donne une passe en sortant de derrière notre cage, mais le but en lui-même, je ne saurai pas vraiment le décrire. Tout ce dont je suis sûr, c’est que ça m’a coûté une tournée générale le soir même avec les gars. »
Entretien réalisé par YM















Commentaires
GG, des initiales de grande classe!
Merci pour l'interview, on commence enfin à connaître les joueurs du monde dur RollerHockey et c'est passionant!
(ca c'est parce qu'on aimerait bien mettre le visage sur le nom, sinon comment on sait à qui on va demander un autographe????)
On a reçu ce qu'il faut merci