A quelques heures du début du Mondial de Roccaraso, Eric Perraudin, l’entraîneur national de filles fait le point. L’ancien international n’élude aucune question et répond en toute franchise. Il dit toute la confiance qu’il a dans son équipe, capable de grandes choses selon lui. Plus généralement, il estime également que le roller hockey grandit bien mais que bien des choses restent encore à mettre en place.
Eric, ce dernier stage à Grenoble est, sans doute, avant tout l’occasion de faire cohabiter l’équipe, plus que d’accentuer sur le volet sportif…
« Les deux sont liés. On privilégie évidemment la vie de groupe, la cohésion. C’est l’occasion des derniers réglages, mais les filles sont au point et elles savent ce qu’elles ont à faire. L’équipe vit bien, le groupe est agréable et à l’écoute. Les jeunes se sont bien intégrées, il n’y a pas de clan et ça se ressent sur le terrain. »
Sentez-vous que le Mondial est déjà commencé dans leur tête ?
« Oui, je pense. Mais cette approche est un cheminement. Il faut avoir conscience de ce qui va arriver mais ça ne sert à rien d’être dedans trop tôt. »
Quoi pensez du planning de vos matchs et de cette première rencontre face à la Grande-Bretagne dimanche soir ?
« Les Britanniques sont jeunes et très combatives en général. Je ne sais pas quel visage aura leur équipe cette année, mais on doit faire attention à elles. Elles n’ont pas forcément un volume physique très développé, ça peut nous servir. C’est intéressant de démarrer contre elles. Le planning est intéressant et va nous mettre dans de bonnes conditions avant de défier les Tchèques. L’Allemagne possède un bon vivier de joueuses, relativement physiques. »
L’équipe de France Féminine bénéficie-t-elle des mêmes qualités que les garçons, à savoir la vitesse et la rigueur tactique ?
« Oui et j’ajouterai, sans être très original, que la véritable qualité de cette équipe c’est le collectif homogène. Nous nous reposons sur deux très bonnes gardiennes et les performances des nos individualités fortes. »
"Le choix des gardiennes s'est fait sur le travail"
A propos des gardiennes justement, vous avez fait le choix de sélectionner Manon Violette plutôt que Marion Mousseaux, pouvez-vous nous en donner les raisons ?
« Nous avons eu des stages, des spécifiques gardiens grâce à Hugo Rebuffet. Ceci nous a permis de mettre en place une vraie concurrence entre Marie Binet, Manon Violette, Marion Mousseaux et Camille Pineau. Le choix de Marie et Manon se base sur le talent et le travail fourni tout au long de la saison. Nous avons eu le sentiment, Julien et moi, que Manon avait plus et mieux travaillé. Même si nous reconnaissons aussi que les conditions dont elle bénéficie ici à Grenoble sont plus favorables. »
Est-ce un message envoyé aux autres gardiennes pour les engager à travailler plus ?
« Non, c’est un constat. Je ne me sers pas de la sélection ou de la non sélection pour envoyer des messages. Les joueuses qui n’ont pas été retenues ont été informées par téléphone des raisons.
En quels termes pourriez-vous commenter la non sélection de Sandrine Rangeon ?
« C’est le constat et le reflet d’un comportement, d’une attitude et d’un état d’esprit, tout simplement. Nous en avons discuté avec elle. C’est une bonne joueuse, mais il faut aussi savoir vivre dans un groupe… »
Le fait que Sandrine ait peu joué cette saison est-il rentré en compte au moment de faire votre choix ?
« Oui et non… Sandrine c’est le paradoxe du talent et de l’état d’esprit. »
Ce point est lié au clash survenu en 2009 avec une partie de l’équipe après les Mondiaux. Quels enseignements personnels en avez-vous tiré ?
« Je redis que seules les personnes qui étaient présentes savent de quoi il en a retourné à l’époque. Evidemment que ça a entrainé une remise en question personnelle, et heureusement. Nous en avons parlé avec la DTN, avec le staff et ça a été éprouvant. Je ne prétends pas aujourd’hui que tout est forcément résolu, mais j’affirme que nous n’étions pas dans le faux pour tout. On s’est fait prendre pour des cons et aujourd’hui, on est plus vigilant. Et depuis, certaines joueuses qui sont encore dans le groupe ont pu s’épanouir. »
"Je ne fais pas le même boulot que Laurent Blanc"
Cette cohésion, la vie de groupe, est-ce le plus dur à réaliser ?
« C’est difficile à dire… Ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple mais ce n’est pas forcément compliqué pour autant. Disons que c’est notre travail. »
Quelle vision avez-vous du travail d’un sélectionneur national ?
« Tout dépend de quel sélectionneur on parle. Je ne pense pas que mon boulot soit le même que celui de Laurent Blanc, Marc Lièvremont ou Claude Onesta. Ces trois hommes ont autour d’eux un staff développé qui leur permet de se concentrer sur des axes bien définis. Nous, nous devons tout faire et tout savoir faire. De la gestion, du management, des compétences techniques, des compétences humaines, psychologiques. On ne peut pas comparer. Mais au sein de notre famille, je pense que l’un de nos rôles premiers est aussi de définir ce qu’est le métier d’entraîneur de roller hockey. »
Dirige-t-on une sélection féminine comme on dirigerait une sélection masculine ?
« J’ai longtemps cru que non… J’ai pensé pendant un certain temps que les filles demandaient plus de ménagement, plus de concessions. Mais je pense aujourd’hui qu’il n’y a pas de différence finalement. Ce qui compte, c’est d’avoir un projet cohérent et de parvenir à le faire adopter par l’équipe que l’on dirige. Ce sont des athlètes comme les autres. Bien entendu, quand un homme dirige une équipe de femmes, il surveille ce qu’il dit, fait attention à l’humour qu’il utilise… »
Quel rapport à l’intimité établissez-vous avec votre équipe ? Votre présence dans le vestiaire par exemple, comment cela se déroule-t-il ?
« Très simplement. Quand on discute avec son groupe, on établi une relation de confiance et la communication devient simple. A partir de là, quand la porte du vestiaire est fermée, je n’entre pas, ni personne du staff. Quand elle est ouverte, c’est que nous pouvons entrer. Pareil dans les chambres, je n’y entre pas sans y être invité ou en frappant d’abord. Ça me parait assez logique. »
"Une forte disparité de niveau"
Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous feriez après un titre de champion du monde ?
« Oui, le jour où les filles gagnent, j’arrête la sélection (rires) ! Je dis ça, mais je n’en suis même pas sûr en fait… Un titre pareil, c’est un cheminement et au-dessus, il n’y a rien de plus à gagner. Donc faire autre chose, dans une autre sélection, ou alors… Batailler pour garder ce titre. »
La bonne performance de votre équipe la saison dernière (demi-finaliste) vous permet-elle d’être optimiste pour le Mondial qui arrive ?
« Oui, même si cette année encore, les débats seront forcément très relevés. On ne part pas en balade et on veut tous et toutes passer le cap des demi-finales. Ça veut dire une place en finale. Mais ça c’est ce que nous aimerions réaliser, on n’annonce rien de ce qu’on est sûr ou pas de faire, ça serait prétentieux. Je sais que le groupe est plus fort. Et égoïstement, même si c’est super que des gens nous soutiennent, je dis aussi qu’on ne joue pas pour les autres… Tout ça c’est pour nous avant tout que nous le faisons. Si ça peut servir la cause du roller hockey, alors tant mieux.
En retournant à Roccaraso cette année, le roller hockey français achève une boucle de quinze années. Quel constat faites-vous de ces années passées ?
« Ce n’est encore que le début de notre histoire. Beaucoup de choses ont avancé, mais on en est encore aux balbutiements globalement. Oui on est plus structuré, oui on se donne les moyens d’avancer, c’est indéniable. Mais plusieurs données sont encore en chantier. Tout d’abord, la qualité inégale des salles en France. Ensuite, la disparité énorme entre le haut niveau et le niveau plus faible. Au football, en coupe de France, une équipe de CFA2 peut parvenir à battre une équipe de Ligue 1. Au roller hockey, c’est impossible. Une N3 n’a aucune chance contre un club de la Ligue Elite. Quand on en sera là, on aura vraiment beaucoup avancé. »
Entretien réalisé à Grenoble par Yann Maillet (Crédit photos : FFRS)














