Nejc Soltar, ce sont près de cinquante trophées de meilleur joueur, de meilleur buteur ou de meilleur passeur.
A près de 25 ans, ce garçon figure parmi les meilleurs joueurs du monde. Et si le roller hockey français compte comme l’un des plus respectables, il n’en demeure qu’aux encablures de ses frontières, il a vu éclore des joyaux purs.
Le natif de Lubjana, attaquant slovène de classe mondiale est l’un de ces phénomènes. On dit de lui qu’il est le meilleur attaquant d’Europe et pour autant, c’est un garçon simple. Sûr de ses qualités, et de fait, de sa valeur. Il a néanmoins su clairement garder le pieds sur terre.
Entretien exclusif pour RHAF…
Quelle a été votre formation Nejc ? Comment êtes-vous devenu un joueur de roller hockey ?
« J’ai débuté le hockey sur glace à l’âge de sept ans avec l’équipe de Olimpija, l’un des clubs de Lubjana. J’ai joué sous ces couleurs jusqu’à mes dix-neuf ans. J’ai porté le maillot de l’équipe nationale slovène des U16, U18 et U20. A cette époque, j’ai eu le privilège de jouer avec de très grands joueurs comme Anze Kopitar (attaquant des Los Angeles Kings) qui est resté un très bon ami. A 19 ans, je le regrette, je me suis battu avec mon entraîneur et dans le même temps j’ai reçu une offre de Trieste en roller, j’y suis allé. Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait. Avoir quitté la glace et tous mes coéquipiers, c’est compliqué. Mais c’est comme ça. »
Quelle a été votre actualité cette saison. Qu’avez-vous gagné en équipe et à titre individuel ?
«J’ai gagné le championnat espagnol avec Majorque, la Ligue slovène avec la formation de Strele. Mais j’ai joué pour Trieste durant toute la phase régulière. »
Vous jouiez pour Majorque avant de revenir à Trieste. Vous avez ensuite quitté Trieste pour Majorque dans le sens inverse… C’est une question d’argent au final ?
« Lorsque je suis revenu à Trieste, j’avais déjà reçu beaucoup d’offres. Mais j’ai malgré tout accepté de revenir en prévenant que si quelque chose ne se passait pas comme prévu, je pouvais partir. Dans le deal de départ, il y avait un sponsor qui devait payer mon salaire. Ce sponsor n’a pas honoré son engagement. A ce moment, Majorque est revenu à la charge et j’ai accepté leur offre, Trieste ne s’y est pas opposé. J’ai 24 ans, et à mon âge, jouer pour l’argent, je ne vois pas où est le problème. Je pense même que c’est logique. Tout n’est pas là, mais un accord n’a pas été respecté, donc je suis parti. D’autant que trois mois après mon départ de Trieste, le sponsor n’avait toujours pas fait ce qu’il devait faire. Donc, j’ai eu raison de choisir Majorque. »
"La Coupe d'Europe a été frustrante"
Quel sentiment gardez-vous de la Coupe d’Europe disputée avec Trieste ?
« Collectivement, ça n’était pas mal. Mais je regrette beaucoup ma performance. J’ai joué tout le week-end avec de la fièvre. J’étais vraiment malade et je n’ai jamais pu jouer à 100%, c’est assez frustrant sur lors d’un tel évènement. Malgré tout, l’ambiance était vraiment géniale. C’est un vrai plaisir de jouer dans ces conditions là quand on est bien physiquement. »
Que vous-on inspirées la victoire de Rethel et la contre-performance d’Anglet pourtant attendu comme un favori ?
« Anglet était clairement une équipe qui pouvait gagner ce tournoi à nos yeux. Cette formation possède un très bon entraîneur et des jeunes joueurs de très haut niveau. Ils ont besoin de gagner en expérience mais je suis convaincu que leur heure viendra très prochainement. Rethel de son côté a complètement mérité son titre. La finale face à Asiago a été d’un niveau particulièrement élevé. Ils ont parfaitement géré le match et ont logiquement gagné le tournoi. »
Un mot sur Angers, l’autre équipe française de ce tournoi ?
« Je pourrais difficilement dire du mal d’Angers. J’ai joué deux fois contre cette équipe, et nous avons perdu deux fois. Les Hawks possèdent un bon collectif et quelques joueurs expérimentés d’un très bon niveau."
"La Ligue Elite française est la meilleure au monde"
Quel regard portez-vous au roller hockey français et à ses équipes de la Ligue Elite ?
« Je n’ai jamais porté le maillot d’une équipe française, mais je les ai souvent affrontées et je connais pas mal de joueurs de votre pays. De ce que je sais et de ce que j’ai pu voir, il ne fait aucun doute que la Ligue Elite française est le meilleur championnat FIRS au monde. Au moins huit des dix équipes de la Ligue sont capables de faire de grosses performances et se battre mutuellement, c’est quelque chose d’assez rare. »
Peut-on espérer vous voir un jour jouer chez nous, si ce championnat est aussi séduisant que vous le dites ?
« J’en serai vraiment ravi et très fier. Disons que dans les conditions actuelles, c’est compliqué. Mais j’ai pour objectif de jouer un jour en France, c’est certain. Même si ce n’est pas un sport majeur, bien sûr, on voit que les choses sont malgré tout bien faites. J’ai déjà eu plusieurs contacts avec des clubs français mais nous en sommes restés là à l’époque. »
Quelles sont les équipes qui vous ont contacté ?
« Je ne peux pas le dire. »
Nous, nous le pouvons en revanche. Rethel vous a fait une offre en décembre dernier. Pourquoi l’avoir refusée ?
« (il hésite). Bravo, vous êtes bien renseigné. Mais je ne peux pas en parler. »
En clair, si un jour les clubs français ont la possibilité de prendre en charge votre salaire, vous viendrez en France…
« On peut le dire comme ça. Mais tout ne dépend pas de ça. A Trieste par exemple, je suis très proche géographiquement de mon pays natal, et ça a aussi compté à l’époque. »
"Les Ladonne sont des joueurs que j'aime beaucoup"
Quelle vision avez-vous du roller hockey français, de nos joueurs, de notre équipe nationale ?
« Vous avez de très bons joueurs, ça ne fait aucun doute. Mais la Slovénie ne joue pas les Mondiaux FIRS, uniquement ceux affiliés à l’IIHF*. Donc je n’ai jamais affronté l’équipe de France. Je sais que vous avez des joueurs d’un très bon niveau. J’aime beaucoup le jeu des frères Ladonne par exemple, ou de Julien Couraud. Et puis, il y a en France un des meilleurs défenseurs que je connaisse, Julien Thomas. Il est impressionnant. Toutefois, de par son âge, et avec tout le respect que j’ai pour lui, ce n’est pas un joueur qui incarne l’avenir. C’est pourquoi il est important pour la France de se focaliser sur les jeunes. Mais Julien reste un joueur exceptionnel. Puis il y a beaucoup de très bons joueurs que j’ai déjà croisé, mais je n’ai pas gardé leur nom en tête, j’espère qu’ils ne m’en voudront pas. »
En France, beaucoup de gens considèrent Itan Chavira comme le meilleur joueur du monde. Qu’en pensez-vous ?
« J’ai pour habitude d’être honnête, alors je vais vous répondre honnêtement. Itan est un très bon joueur et un ami. C’est un showman et c’est certainement de nous tous celui qui a le plus d’affection pour le sport que nous pratiquons. Mais il sait ce qu’il doit changer dans son jeu et dans son état d’esprit pour être respecté par tous. Je lui souhaite le meilleur, et il sait ce que je pense de lui et de son jeu. Disons que beaucoup ne pensent pas comme moi dans le très haut niveau. »
Donc si Itan n’est pas le meilleur joueur du monde, qui l’est ? En France par exemple, on vous présente comme le meilleur attaquant d’Europe.
« Ce n’est pas à moi de dire qui est le meilleur joueur d’Europe. C’est une donnée subjective qui est propre à chacun. Pas mal de joueurs peuvent prétendre à être considéré comme le meilleur. Me concernant, je marque beaucoup de buts, c’est vrai. Mais ce n’est pas le profil que je préfère. Moi je suis un meneur de jeu, celui qui donnera une passe à un coéquipier quand le gardien est hors de position. »
De quoi le roller hockey a-t-il besoin aujourd’hui en France, en Europe ou dans le monde pour devenir un sport professionnel à part entière ?
« D’argent (rires). Tout est lié à ça, forcément. Après, il faut voir comment et dans quelle mesure. Mais je pense qu’avec le soutien des collectivités locales, des sponsors et aussi un très bonne exposition médiatique, ça marchera. C’est un sport tellement génial… »
* Il existe deux championnats du monde. Ceux organisés par la fédération internationale de roller skating (FIRS) et ceux affiliés à la fédération internationale de hockey sur glace.
Entretien réalisé par YM
Crédit photo BlackGhost












